C’est annoncé, encore au moins 1 mois de confinement. Après le trop faire et les angoisses, cette 5ème semaine a été plutôt marquée par un ralentissement, la prise de conscience de l’ennui et la recherche d’une façon d’accepter tout ce qu’on ne contrôle pas.

L’ennui

Je ne connaissais pas l’ennui. J’ai toujours eu mille idées, des activités, des envies à expérimenter, et toujours une certaine motivation à découvrir, tester, apprendre. Je ne comprenais pas les gens qui une fois du temps libéré ne savaient pas quoi en faire.

Mais en ce moment, je m’ennuie. Et je réalise que cela n’a rien à voir avec le fait d’avoir ou non des choses à faire.

Parce qu’il y a toujours plein de sujets qui m’intéressent, des choses que je dois et veux faire. Ça ne change pas. En revanche, l’envie, la gniac, l’impulsion de m’y mettre, n’est plus trop au rendez-vous. Une sensation de grand vide, et pas envie de le remplir juste pour le remplir. Les journées se ressemblent, que je fasse ceci aujourd’hui ou demain n’a pas vraiment d’importance, la procrastination prend largement sa place et ce n’est pas très agréable.

C’est que je n’ai pas d’obligations, pas de cadre, et peu de perspective dans le contexte actuel. Je n’ai pas de charge mentale. C’est assez ironique et contradictoire de me rendre compte que cette charge mentale qui me rendait dingue il y a encore un an, a tout de même son avantage. Ne pas en avoir du tout, l’autre extrême, n’est pas plus cool à vivre – en tout cas c’est déroutant.

Ceci dit, c’est aussi une expérience intéressante. Parait-il que l’ennui peut-être source de créativité et le vide, fertile. Alors j’accepte de vivre cette phase, et de soutenir les petites envies qui pointent leur nez.

A lire aussi :
> L’ennui décrit par Daisy, je m’y retrouve parfaitement.
> L’ennui décrit par Lucie


Mes petites contradictions révélées

Pour l’instant, ce que cet ennui m’enseigne c’est plein de contradictions de l’éternelle insatisfaction humaine.

Avant je courais après le temps, l’absence de charge mentale et d’obligations, et la recherche d’une vie tranquille où je me satisfais de chaque journée pour ce qu’elle est et remplie de tout ce que j’aime faire. Mais lorsque j’ai du temps, et un cadre à créer sur mesure, je perds un peu de sens. Donc le problème n’est pas le temps, mais la perception – et sans doute l’exigence – que j’ai de mon quotidien.

Je cherche souvent à contrôler les choses, à maîtriser. Besoin de savoir, de comprendre, d’évaluer avant de décider. Et ces derniers mois j’ai tenté d’être plus à l’écoute de mon intuition et de mes envies, et d’aller vers un lâcher prise total. J’aimais l’idée de me laisser complètement emporter par la vie, mais à présent je réalise que « moins contrôler » n’est pas « perdre le contrôle » et partir à la dérive. Et puis que si on ne contrôle rien, on va tout de même chercher à contrôler quelque chose et pas souvent les bonnes choses.

Aujourd’hui je me rends compte que ces contradictions viennent sans doute d’une vision « noir ou blanc ». Celle de passer d’une extrême à l’autre et peut-être une recherche un peu idéaliste d’être bien tout le temps. D’éteindre le cerveau, d’être en paix. Sauf que dans la paix, il y a aussi l’ennui. Et en fait, la vie c’est des hauts et des bas, des moments bien et pas bien, des réussites et des erreurs, de l’apprentissage, de l’évolution.


Le cœur et le cerveau

La recherche d’un état de constance, finalement c’est l’encéphalogramme plat. Certes, c’est apaisant, mais est-ce que c’est vivant ?

Un cœur qui bat a des pulsions de vie, continuellement. Il ralentit, s’accélère, s’emballe, se réchauffe, se contracte. On ne peut vivre dans un état d’alerte constant avec des variations extrêmes, sinon il s’épuise et risque la crise cardiaque. Mais il ne peut s’arrêter. Il bat toujours, dans son coin, de manière automatique et fidèle à son poste, sans rien demander en retour. C’est peut-être ça aussi l’amour inconditionnel.

Et le cerveau de son côté joue également son rôle. Il a besoin de penser, réfléchir, organiser, prévoir, analyser. Et lorsque qu’il n’y a plus grand-chose d’externe qui focalise son attention, il se tourne vers l’intérieur, l’introspection, la remise en question et les pensées en boucle. Chercher à l’éteindre, c’est aussi chercher à le tuer. Si on le voit comme le cœur qui fait son travail, on peut se détacher plus facilement de toutes ces pensées et ne pas s’y personnifier. S’éloigner du « je pense, donc je suis » qui se transforme en « je suis ce que je pense ».

Awkward-Yeti

Heart & Brain – The Awkward Yeti
Ma Bd préférée du moment, qui me donne toujours le sourire


Un peu de poésie

Je ne sais pas pourquoi, mais les images me viennent et les analogies me parlent. Je trouve qu’elles donnent plus de saveur aux idées. Comme je me sens inspirée, je continue…

Ce que cette phase d’ennui m’apprend, c’est un sentiment de faire « fausse route ». Pas dans le sens de ne pas être sur le bon chemin, mais de ne pas se donner le bon Nord. De placer la barre tellement haut que le corps s’épuise à sauter pour l’atteindre.

On dit souvent « viser la lune pour atteindre les étoiles ». Peut-être, mais dans ce cas il faut savoir célébrer le fait d’être dans les étoiles, sans languir constamment cette lune qui a l’air d’être toujours plus loin. Et peut-être qu’en allant d’une étoile à l’autre, on marchera un jour sur la lune.

Célébrer son étoile, c’est accepter d’être là où on est avec ses ombres et ses lumières. Et au final, qu’on soit dans les étoiles ou sur la lune, cela n’a pas d’importance. Leur lumière n’est que le reflet du soleil, ce cœur flamboyant qui éclaire et réchauffe, qui est là tout le temps et donne la vie.

Alors je peux continuer tranquillement d’admirer la lune par ma fenêtre, lui sourire et la voir comme le reflet de cette étincelle de vie. Suivre ses phases qui vivent aussi à l’intérieur de moi, qui révèlent des humeurs – tantôt plus claires, tantôt plus sombre – des influences et impulsions variables, donc vivantes.


Acceptation et ressenti

On vit une période vraiment étrange, inquiétante, incertaine, agaçante. Ne pas pouvoir se tourner vers l’action laisse impuissant.e. Ne pas pouvoir se tourner vers l’avenir laisse démuni.e. Il n’y a pas grand-chose d’autre à faire que suivre le cours de ce qui se présente, s’adapter, contourner, comme la rivière qui se fraye un chemin. Tant qu’il y a du mouvement, il y a de la vie. Tant que notre cœur bat, il y a de la vie. Tant que le cerveau pense, il y a de la vie. Plutôt que de lutter, accepter.

Dans cette acceptation, je me dirige de nouveau vers le ressenti. Prendre conscience de comment je me sens et faire avec, chaque jour. Me tourner et célébrer ce qui me met en joie, et saluer ce qui me fait me sentir inconfortable. Parfois je me sens en joie, parfois je me sens angoissée, frustrée, triste, seule, parfois je me sens connectée, parfois je me sens motivée et d’autres j’ai envie de rien. Et tout est valable.

En ce moment, je me sens réconfortée par des choses simples : sentir le soleil sur ma peau, le vent sur mon visage, marcher autour de chez moi, sentir l’herbe sous mes pieds, pianoter quelques notes au piano et voir mon évolution sans objectif particulier, préparer des desserts (et les manger), apprendre à coudre des masques, et me laisser rêver, quand ça vient, à des jours où je pourrais prendre les gens dans mes bras.

A lire aussi :
Journal de confinement – Semaine 1 : s’adapter
Journal de confinement – Semaine 2 : temps et liberté
Journal de confinement – Semaine 3 : privilèges et culpabilité
Journal de confinement – Semaine 4 : motivation, résilience, humilité

***
Et toi, as-tu croisé le chemin de l’ennui ?

Pinterest-ennui

À propos de l’autrice

A 24 ans, j'ai plaqué mon CDI pour partir voyager. Un voyage qui m'a emmené plus loin que ce que je pensais : il m'a ouvert des portes pour suivre mes rêves, m'engager à adopter un mode de vie minimaliste et plus éthique, et élever ma conscience.
Depuis 6 ans je partage mon cheminement et mes changements d'habitudes de vie avec vous, en espérant planter des graines !

5 commentaires

  1. Merci pour ce texte plein de poésie. Etrangement, je ne m’étais pas posé la question, surement parce que je ne l’ai pas encore croisé cet ennui… il faut dire que j’ai continué à travailler à plein temps les premières semaines, vec la réorgnisation qui m’a pris pas mal d’énergie… les deux semaines de vacances totales qui se finissent maintenant étaient juste suffisantes à recharger mes batteries. Je n’arrive pas à fixer mon sentiment sur la reprise demain, entre plaisir de faire des choses que j’aime et inutilité de tout ca…

  2. Je crois que cette question du contrôle apparaît sous bien des formes et de bien des manières lors de ce confinement. Pour ma part, comme toi je le pense, l’ennui aussi était le symptôme d’une perte de sens, d’un besoin de donner du sens à cette expérience, à ma vie, à la vie en général. Parfois, on veut contrôler l’extérieur, soi, les autres, mais au final, il y a très peu de choses que l’on contrôle vraiment. C’est drôle parce que je ne cesse de passer par des étapes de contrôle de ma routine et de lâcher prise total, qui tend vers le laisser aller, et ce depuis bien avant le confinement, sans trouver encore l’équilibre qui me convient. Je sais que cela passe par l’écoute de ses ressentis, mais il est difficile parfois de ne pas aller d’un extrême à l’autre, surtout qu’on a l’impression de ne pas pouvoir maîtriser cette routine (à cause du confinement, parce que l’on n’est pas chez soi, parce qu’on a trop ou pas assez de travail…). Alors qu’encore une fois, on ne peut contrôler les circonstances extérieures. Qu’elle est étrange cette expérience humaine 🙂
    Merci pour le lien 🙂

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