Cette semaine je vous embarque dans la suite du « bug humain » avec un autre livre de Sébastien Bohler : Où est le sens ?

Rencontrons notre « Cortex cingulaire »

La semaine dernière nous avons vu le Striatum qui régit nos motivations primaires et en veut toujours plus, parce qu’il est configuré ainsi. Cette fois-ci, Bohler nous présente le Cortex cingulaire qui nous pousse à chercher du sens à notre existence. Ce besoin de sens naît du besoin de contrôle qui émane de notre désir de survie.

En effet, observer, prédire, anticiper, diminuer l’angoisse et l’incertain, tout cela participe au sens et nous permet d’avoir les informations nécessaires à notre sécurité.

Lorsque l’on fait une prédiction et qu’elle ne se produit pas, cela déclenche un signal d’erreur dans notre cortex cingulaire qui entraîne une réaction de stress. Le stress est un mécanisme hormonal de l’organisme qui incite à agir : se sauver, se battre, ou parfois rester figé sur place.

Lorsque l’on est dans une société stable, structurée, prévisible, le cortex cingulaire est un facteur d’adaptation. Mais si les repères changent trop vite et constamment, cela créé de l’incertitude.

« L’incertitude est le contraire absolu du sens. »

Mythes et rituels pour donner du sens

C’est notre besoin de sens qui nous pousse à créer des histoires, des mythes pour comprendre et réduire cette incertitude. Cela permet d’organiser les choses et réduire de désordre. Le cerveau humain déteste le désordre, il aime la répétition et l’ordre.

En plus de ces histoires, il y a les rituels. Ces derniers permettent de réduire l’incertitude en organisant schémas fixes, périodiques, prédictibles. Ainsi, ils agissent comme un calmant cérébral. 

L’effet d’un rituel est amplifié en collectif par ce qu’on appelle les neurones miroirs, car cela créé une synchronisation et une résonance émotionnelle propices à l’empathie. Cela renforce la cohésion sociale et le sentiment d’appartenance.

La religion mélange d’ailleurs l’aspect histoire et rituel. La musique et la danse sont de bons exemples aussi de synchronisation.

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La vie n’a plus de sens

La grande tragédie de notre époque, c’est que la société que l’on a créée a rendu le sens superflu car l’être humain est désormais capable de maîtriser sa survie et son confort sans avoir besoin des autres. Tout devient prévisible.

D’une part, nous nous sommes coupés du sens en éliminant l’incertitude de la vie grâce à la technologie et la science. D’autre part, nous avons réintroduit l’incertitude avec la compétition mondialisée, le contexte économique et écologique, l’accélération de tout.

Cependant, si le sens a disparu, le besoin de sens persiste.

« Le cerveau de fait pas disparaitre en un claquement de doigts ce qu’il a mis des milliers d’années à construire »

Face à ce monde incertain, nous misons encore sur la technologie et la consommation pour calmer nos cerveaux : nourriture, sexe, divertissement… cela nous rappelle les renforceurs primaires vus dans l’article précédent.

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La consommation est ce qui nous reste du sentiment d’appartenance

Ces distractions nous permettent ne plus penser à la réalité qui nous angoisse.

Nous avons créé un infini des possibles qui fait aussi naître un sentiment de malaise et de frustration plutôt de que contentement.

Nous passons nos journées à courir après le mouvement général, à aller plus vite pour rester sur place, à ressentir le manque de temps, voire une perte de soi, une sorte de dépossession. Nous n’avons plus le temps de penser à la direction que l’on prend, et quelque part c’est ce que l’on cherche.

Rester dans une forme de déni et continuer de consommer parce que c’est tout ce qui nous reste du sentiment d’appartenance.

On peut passer toute sa vie à meubler son temps, nous avons tous les outils pour. L’essentiel est de ne pas penser. L’ironie c’est que c’est par là même que l’on amplifie le système qui nous mène au mur en cherchant à ne pas le voir.

« Notre société n’a jamais aussi bien combiné nombrilisme et destruction de la nature »

Tout ce qui compte, c’est réussir à tirer son épingle du jeu de la production / consommation.

Repli identitaire et totalitarisme

Dans ce contexte, nous avons besoin de nous rassurer, de rehausser notre estime et de retrouver une identité personnelle. C’est un terrain propice au repli sur soi, au conservatisme, à la recherche de groupes de pensées auxquels on pourrait appartenir.

Ce contexte peut conduire à la montée des leaders autoritaires, ceux qui prônent la rigidité, l’ordre, la prévisibilité, ou bien vers la nostalgie d’un passé jugé meilleur. Le fameux « c’était mieux avant », quand la vie d’avant un sens (dans notre conception toute relative).

Cela explique l’attirance pour des objets anciens, tout autant que l’idée que notre ordre est à présent perturbé par des facteurs « étrangers ». Oui je parle de racisme. Lorsqu’on regarde la victoire d’un Trump, on peut y voir l’expression d’un besoin d’identité, d’ordre, de désigner des coupables.

« Le creusement des inégalités précipite les sociétés vers le repli identitaire ». Pourquoi ? Parce que « les inégalités nous montrent que nous vivons dans un monde où n’existe ni protection, ni partage, ni entraide, ni garantie d’avenir. »

Mais ce ne sont pas nécessairement ces visions conservatrices qui permettent de résoudre le problème.

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Les théories du complot

Pour créer du sens, il y a aussi les théories conspirationnistes. Elles permettent de donner des explications à l’incompris et on peut trouver sur Internet des gens qui pensent de la même façon.

Ce sont ce qu’on appelle des chambres d’écho. Elles vont renforcer nos croyances et notre sentiment d’appartenance, amplifiés par les algorithmes qui choisissent les informations pour nous.

« Nous décrochons du réel parce que nous ne pouvons plus l’interpréter »

Et il est difficile de faire la part des choses car dans certains cas certaines informations sont exactes, des mauvaises intentions cachées existent vraiment et c’est ce qui rend le tout très complexe. Que croire ?

Comment recréer du sens ?

Le cerveau humain cherche la cohérence et la raison à tout prix. Pour résoudre l’écart entre la pensée et les actes (qu’on appelle dissonance cognitive), on peut soit changer ses actes, soit changer ses pensées. Et pour beaucoup, la seconde option est privilégiée. C’est ce qui permet de survivre dans un métier dont les activités sont discutables sur les plan éthiques, environnementaux ou sociaux.

Ce qui est certain, c’est que pour éviter le mur, nous avons fondamentalement besoin de recréer du sens. Cela passe par :

  • les rituels, surtout collectifs et en physique,
  • la création de visions du monde partagées,
  • un système de valeurs basé sur la morale environnementale et sociale,
  • la limitation de notre croissance.

Penser que l’être humain s’adaptera au moment venu est très simpliste. Cela exprime surtout la non volonté de changer, car il y a un fort attachement aux libertés individuelles.

« Une personne qui dit que l’être humain s’adaptera toujours ne révèle qu’une chose : elle n’a aucune envie de s’adapter. »

Si on parle de survie, il faut qu’on comprenne que réduire notre confort EST une question de survie.

Tout pourrait se résumer en cette phrase :

« Rééquilibrer notre cerveau en donnant la priorité à ce cortex cingulaire pour fonder une société basée sur la cohérence, la signification et le lien, qui nous motivera à moins produire et à ne plus consommer inutilement. »

***
Alors, qu’en penses-tu ?

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À propos de l’autrice

A 24 ans, j'ai plaqué mon CDI pour partir voyager. Un voyage qui m'a emmené plus loin que ce que je pensais : il m'a ouvert des portes pour suivre mes rêves, m'engager à adopter un mode de vie minimaliste et plus éthique, et élever ma conscience.
Depuis 6 ans je partage mon cheminement et mes changements d'habitudes de vie avec vous, en espérant planter des graines !

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