Le bug humain est un livre de Sébastien Bohler, journaliste scientifique, qui explore et décrit le fonctionnement d’un aspect de notre cerveau : celui qui régit nos motivations primaires et qui en veut toujours plus. Je vous propose un résumé des grandes idées, sachant que le livre est bien plus riche que ces quelques lignes.

Rencontrons notre « Striatum »

Dans son ouvrage, Sébastien Bohler nous présente le Striatum, partie du cerveau qui gouverne nos motivations primaires et notre système de survie, et qui n’est jamais rassasié.

Le Striatum régit les 5 motivations primaires nous incitent à vivre, qui sont des besoin de :

  • Nourriture : pour vivre nous avons besoin de manger;
  • Reproduction : pour transmettre nos gènes, nous avons besoin de copuler;
  • Statut social : il permet de se sentir utile, donne accès au pouvoir, à la domination et donne des avantages en termes de reproduction et de possessions;
  • Quête d’informations : indispensables pour trouver de la nourriture, un.e partenaire ou anticiper un danger;
  • Moindre effort : avoir le meilleur résultat pour le moins d’investissement.

A chaque fois que nous entreprenons une action qui assure notre survie, cela active le circuit de la récompense et procure du plaisir. Et le Striatum est l’élément central de ce circuit.

Sauf qu’il est configuré pour en demander toujours plus, même s’il les besoins sont satisfaits : notre cerveau nous récompense davantage et nous procure plus de plaisir si nous obtenons plus que la dernière fois.

 

L’incapacité de se modérer dans un monde d’abondance

Le striatum n’aurait donc pas de capacité de modération, puisque plus nous obtenons, plus nous ressentons de plaisir. Il n’a jamais été préparé à l’abondance dans laquelle nous vivons aujourd’hui.

Pendant des milliers d’années, nous vivions dans un contexte bien différent, où il n’était pas simple de satisfaire ces besoins. Aujourd’hui, le problème n’est plus la quantité mais de s’arrêter, ce qui semble compliqué puisque nous ne sommes pas configurés pour.

Si on reprend chaque besoin, voici ce que cela donne aujourd’hui :

  • Dans un contexte d’abondance alimentaire (relativement parlant bien entendu), on meurt plus de surnutrition que de dénutrition.
  • Les publicités sexualisées et la pornographie donnent accès à un monde de stimulation sans limites et l’obsession autour des rapports sexuels.
  • Le besoin d’être supérieur.e aux autres, d’avoir un meilleur salaire, de se comparer, d’obtenir un maximum de « likes » provient du besoin de statut social, peu importe si pour le faire on détruit la planète.
  • L’infobésité créé d’autres addictions, des déficits d’attention et les dommages écologiques liés au numérique. Les jeux vidéos sont un parfait d’exemple de monde sans limite avec des circuits de récompense faits pour inciter à continuer de jouer.
  • Les évolutions technologiques ne cessent d’inonder le marché, nous aidant à en faire le moins possible, tant pis si cela détruit des milliers d’emplois.

Les réseaux sociaux, de leur côté, offrent un combo parfait de statut social virtuel permettant de se sentir important.e, de moindre effort, voire de potentiel partenaires.

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Le bug humain, c’est quoi ?

Ce que l’auteur appelle le bug humain, c’est ce défaut de conception qui nous pousse à continuer d’aller dans cette direction (surconsommation, instantanéité etc.) tout en sachant que cela nous conduit à notre perte.

Il n’y a qu’à écouter les informations pour constater cette incohérence. On on passe des constats d’une catastrophe sanitaire ou écologique à des nouvelles enjouées sur les avancées d’investissement dans un domaine polluant (automobile, aviation, bancaire…). Le tout entrecoupé de publicités poussant à acheter.

Dans le livre, Bohler prend l’exemple de la fascination pour les bitcoins, alors qu’ils nécessitent de faire tourner des réseaux de serveurs à plein régime, enfouis dans les sols gelés d’Islande pour éviter la surchauffe. On en est là.

Nous restons dans une idéologie de la croissance où tout doit augmenter : la production, la consommation, le PIB, le niveau de vie, le pouvoir d’achat. Parce que, rappelons-le, la stimulation de nos circuits de plaisir ne se fait qu’en augmentant les doses : toujours plus. Tout de suite. Le futur a moins de valeur pour notre cerveau donc il ne compte pas.

Le pire, c’est qu’on sait assouvir tous ces besoins dans des proportions jamais vues.

Nous avons le « cerveau d’un primate et la technologie d’un Dieu », et sommes confrontés à « un monde qui change trop vite et qui nous dépasse ».

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Quelles sont nos leviers d’action ?

Alors est-ce qu’on est condamné.e.s ? Pas nécessairement, mais pour cela il faut miser sur :

  • Notre volonté : heureusement nous avons le cortex frontal qui en est capable. C’est lui qui attend, planifie.
  • Miser sur d’autres sources de plaisir, notamment l’entre-aide et l’altruisme.
  • Se créer du sens en dehors des grands systèmes de valeurs qui ont prévalus jusqu’à présent (vaste tâche !)
  • Utiliser la conscience pour associer de nouveaux comportements à du plaisir en réduisant les stimulations, notamment par les sens.
  • Rééduquer notre cerveau pour apprendre la modération.

Pour une espèce qui se dit intelligente, pourquoi ne pas se définir des objectifs plus ambitieux que la satisfactions de besoins primaires ?

Ce qui est certain, c’est que « continuer de promouvoir un système économique qui encourage nos grands renforceurs primaires est sans doute la pire des choses à faire. » Parce que c’est en train de nous coûter notre planète.

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Mon avis sur le livre

La lecture de ce livre aura eu le mérite de me donner des clés de compréhension sur pourquoi on continue d’agir à contre-sens. Le livre est plein de références d’expériences scientifiques, ce qui selon moi rend la lecture un peu difficile. C’est pourquoi j’ai eu besoin d’extraire ces idées principales.

Il existe également des critiques sur la méthode utilisée par Bohler, mais quoi qu’il en soit, je le trouve intéressant et un bon point de départ pour mesurer l’importance de la modération et donner des pistes de direction à suivre. J’aurai aimé un peu plus de solutions concrètes, mais ce n’était sans doute pas l’objet premier de l’ouvrage.

Ce livre est suivi d’un second volume « Où est le sens », dont je vous parle dans l’article suivant !

***
Et toi, que penses-tu de ce bug humain ?

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À propos de l’autrice

A 24 ans, j'ai plaqué mon CDI pour partir voyager. Un voyage qui m'a emmené plus loin que ce que je pensais : il m'a ouvert des portes pour suivre mes rêves, m'engager à adopter un mode de vie minimaliste et plus éthique, et élever ma conscience.
Depuis 6 ans je partage mon cheminement et mes changements d'habitudes de vie avec vous, en espérant planter des graines !

2 commentaires

  1. Notre réalité est complexe et il n’existe pas de remède miracle. Je n’ai pas lu le livre, mais son titre et ton post suggèrent une question. S’agit-il d’une attitude naturelle, prédéterminée, contre laquelle il faudrait lutter ou d’une conséquence de notre modèle de société ? Impossible de répondre en quelques lignes, mais, quelle que soit la réponse, la prise de conscience individuelle me semble être la première étape pour changer ou se retrouver (selon les avis). Pour nos comportements, nos idées, nos pratiques, il existe des voies pour se recentrer et comprendre, comme la méditation, par exemple. Dans tous les cas, une fuite en avant dans une société productiviste, court termiste aurait des conséquences néfastes pour nous. Nous avons le choix d’autant que notre planète mère nous offre tour ce dont nous avons besoin. Sans avoir besoin de coloniser d’autres planètes dans un trip délirant.

    1. C’est une fonction de notre cerveau, construire sur des milliers d’années et qui fonctionne de la même façon aujourd’hui sauf qu’on vit dans un contexte complètement différent. Elle ne sait pas se modérer, ce qui explique en partie qu’on continue d’aller dans un mur et que c’est difficile de faire d’autres choix. Ce n’est pas impossible en tout cas, c’est le message 🙂

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