Comment sortir de l’éco-anxiété ?

Comment sortir de l’éco-anxiété ?

Depuis que j’ai exprimé ma saturation, je ne cesse de voir des articles sur l’éco-anxiété, la désillusion autour de la fable du colibri, l’épuisement et le ras-le-bol de nombreuses personnes engagées.

Je prends un peu de recul depuis quelques semaines, un repos nécessaire, et je voulais partager mon point de vue autour de cette question.

 

C’est quoi l’éco-anxiété ?

Lorsque je parle de saturation, elle ne se limite pas à l’éco-anxiété. Elle concerne plein d’autres choses, mais qu’importe, je suis dans une situation d’épuisement, et mon engagement n’y est pas pour rien.

L’éco-anxiété, c’est l’effet psychologique, angoisse-déprime-peur-tristesse-colère, du stress causé par les problématiques environnementales (effondrement, changement climatique, pollution, déforestation etc.)

On entend de plus en plus parler de la théorie de l’effondrement, le fait qu’il nous reste 30 ans avant de subir les conséquences irréversibles du changement climatique, alors qu’en même temps on continue de déforester, de forer, de polluer, de produire de la merde. Vous en convenez, ça file le cafard. On ne veut pas rester les bras croisés.


La fable du colibri

La fameuse fable raconte de manière imagée l’importance de faire sa part. En écologie, c’est le fait de chacun.e se responsabiliser, changer ses habitudes, et faire des gestes, prendre des décisions, voter avec son porte monnaie, au quotidien.

Et faire ça part dans notre contexte actuel est vital.

A lire aussi : La fable du colibri

Mais en ce moment, cette fable file la nausée, surtout pour les personnes qui font tout ce qu’elles peuvent s’épuisent et se sentent impuissant.e.s face à l’urgence climatique et l’inaction de nos pouvoirs publics.

On s’épuise parce qu’on à l’impression de lutter contre des moulins à vents, que les industriels ont pris le pli de reporter la responsabilité sur les consommateur.ice.s, et qu’on se culpabilise de ne pas faire assez. Limite, on se culpabilise de vivre tout court. De respirer, de devoir manger, de vouloir s’acheter un truc inutile, de prendre du temps pour soi, de faire un écart écolo, de ne pas avoir les moyens de faire plus, alors que d’autres s’en contrefichent complètement : celleux qui auraient pourtant de vrais leviers pour agir.

Là encore, déprime bonjour.

Pluie tropicale


De l’inaction à la violence

Ce qui est désolant, c’est de voir que non seulement les pouvoirs publics ne prennent pas les mesures nécessaires pour enrayer l’urgence climatique, mais que lorsque des personnes le font, elles se font malmenées, traînées devant les tribunaux, et gazer.

Pour unir les forces dans cette urgence et dépasser la simple part individuelle, de nombreuses actions de désobéissance civile s’organisent, car c’est un moyen efficace, citoyen, solidaire et non violent de se faire entendre.

Je vous invite d’ailleurs à lire mon article sur le dilemme de l’action individuelle ou collective, qui fait de plus en plus débat.

Quoi qu’il en soit, c’est démotivant de faire un pas en avant, deux pas en arrière. Je fais partie des personnes qui n’en peuvent plus de voir autant de violence. Violence envers la nature, violence envers les gens et incapacité à sortir de sa domination pour faire ce qui est juste.


Alors, on fait quoi pour ne plus éco-angoisser ?

Je crois qu’on est nombreux.ses à se poser la question. Je n’ai pas de réponse définie et je ne suis pas psy, mais voici mes pistes.

  • Prendre soin de soi avant de prendre soin des autres. On l’entend souvent mais on l’applique peu. Un colibri épuisé et déprimé n’est pas très utile. Donc : repos et bienveillance envers soi, se tourner vers des choses qui nous nourrissent;
  • Se dire qu’on ne sauvera pas le monde. Ce n’est pas notre mission, notre mission c’est de vivre. Cela ne veut pas dire baisser les bras ni se remettre dans l’illusion, mais se lâcher un peu la grappe, car le plus important c’est l’instant présent. Si on sait qu’on agit, alors c’est déjà bien;
  • Faire sa part n’est pas faire la part des autres. On a tendance à redoubler d’efforts pour combler l’inaction des autres, mais ça ne marche pas comme ça. Faire sa part, c’est faire sa part à soi, avec les moyens humains, financiers et matériels que l’on a. Cela veut dire que la part est proportionnelle à son niveau de vie (y compris la santé);
  • Accepter qu’on assistera peut-être à des conflits ou qu’on se prendra peut-être un mur. Nous sommes tou.te.s dans le même bateau et si tout le monde ne joue pas le jeu, on peut tou.te.s perdre. C’est moche et injuste pour celleux qui ont alerté et fait ce qu’iels ont pu, mais malheureusement, nous dépendons les un.e.s des autres.
  • Continuer de faire ce en quoi on croit, ce qui nous semble juste, ce qui est faisable à notre échelle. Restons en accord avec nos valeurs. L’angoisse ne me fera pas me dire que dans ce cas, j’ai qu’à pas me prendre la tête à me limiter. Parce qu’en fait, je suis heureuse des gestes que je fais, et je ne veux pas revenir en arrière.

Great Ocean Road 3


Être écolo, est-ce se priver ou s’isoler ?

L’écologie, se priver ?

Pour moi, se tourner vers un mode de vie plus écolo n’est pas se priver. Si on a la sensation de se priver, de se sacrifier, alors c’est mal parti. Cela étant dit, il faut parfois passer par une période de sevrage, comme lorsqu’on veut diminuer la viande, ne plus prendre l’avion, ou que sais-je ?
Si on sait POURQUOI on le fait, et qu’on est convaincu que c’est la voie qu’on veut suivre, alors ce sera plus facile. Aussi, comme je le mentionnais dans mes 5 conseils pour devenir écolo, l’idée est d’y aller par étape et de commencer par des choses faciles.
Je le dis parce que moi j’ai commencé plein de gestes en même temps et c’était dur, je sentais que je ne pouvais plus rien faire.

TOUT ce que l’on fait, à part de ne rien faire (que j’ai adoré lire dans ce post instagram ^^), va impacter l’environnement et les espèces qui y vivent.

Je pense que beaucoup de frustrations naissent de se sentiment de se priver tandis que d’autres continuent de consommer dans l’ignorance ou l’indifférence.

L’écologie, se comparer ?

La frustration naît aussi du sentiment que ce que l’on fait n’est pas encore assez parce que telle influenceuse a réussi à faire tenir ses déchets dans un bocal, du coup nous on est nul.le.

Pensons AGREABLE. Rendons nous la vie agréable. Je m’autorise des écarts. Il m’arrive de consommer de la viande, un bout de fromage, de manger un truc pas bio, de boire de l’alcool, d’acheter des choses dans du plastique… Je me lâche la grappe parce que je suis satisfaite de ce que j’ai réussi à faire.
Je suis ouverte à continuer d’explorer de nouvelles choses, mais j’ai à peu près atteint mon équilibre – depuis que j’ai décidé de volontairement ne plus prendre l’avion autant que possible.

Lâchons la pression. Faisons les choses en connaissance de cause, parce que c’est cohérent avec nos valeurs. Celles-ci sont personnelles d’ailleurs, ce n’est pas parce que X fait comme ça que je dois faire exactement pareil. La comparaison est aussi à foutre à la poubelle, et en plus ça fait pas de déchets !

Si c’est un trop gros sacrifice qui rend malheureux.se, alors ne pas le faire. Encore une fois, on a besoin de personnes heureuses et qui ont de l’énergie !

Great Ocean Road 4

L’écologie, s’isoler ?

Je vois aussi beaucoup de personnes se résigner et se dire : je vais aller vivre en autonomie. Si c’est une vraie envie, allez-y ! Personnellement, je pense que chercher l’autosuffisance n’est pas forcément le Graal à long terme. Apprendre à faire pousser des aliments, comprendre les mécanismes importants et vitaux de la vie, oui bien sûr, ce sera forcément utile puisque cela permet de survivre.

Mais je ne suis pas certaine que de s’isoler ou de vivre en communauté est la façon de faire avancer le bateau dans la bonne direction, car cela reste, comme son nom l’indique, isolé, donc déconnecté du reste du système. Si le système s’effondre, ça impactera tout le monde, y compris les isolé.e.s que ce soit à cause du changement climatique ou de la misère qui frappe à leur porte.
Bref, je ne sais pas si c’est la meilleure idée, en tout cas j’y ai pensé et pour le moment, ce n’est pas comme ça que moi (car ici je vous donne mon avis, chacun.e fait ce qu’iel veut), je me sens utile dans ce schmilblick. Mais si c’est votre kiffe de tenter l’expérience, foncez !

Bref, je ne sais pas si mes mots apporteront un peu de soutien aux personnes déprimées qui ne savent plus trop quoi faire. Moi en tout cas, ça m’est utile pour déculpabiliser et avancer.


Je vous souhaite bon courage si vous souffrez aussi d’éco-anxiété, ce n’est certes pas un fardeau facile à porter. Mais vous n’êtes pas seul.e.s, et pensez un peu à vous.

Il existe également un groupe de soutien sur l’éco-anxiété sur facebook.

Liste d’articles pour continuer sur le sujet :

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Et toi, comment gères-tu l’éco-anxiété ?

Pinterest-eco-anxiete

Planet Addict

A 24 ans, j'ai plaqué mon CDI pour partir voyager. Un voyage qui m'a emmené plus loin que ce que je pensais : il m'a ouvert des portes pour suivre mes rêves, m'engager à adopter un mode de vie minimaliste et plus éthique, et élever ma conscience. Depuis 6 ans je partage mon cheminement et mes changements d'habitudes de vie avec vous, en espérant planter des graines !

Cet article a 6 commentaires

  1. La seule solution c’est le rationnement, il faut faite une grande pétition pour demander aux pouvoirs publiques de mettre en place des lois pour « rationner »le nombre de voyages en voitures , avions ou autres…selon les besoins ,travail, tourisme etc…un voyage lointain tous les 5 ans par exemple pour le tourisme …et la même chose pour tout le reste. Mais il faut ,peut être ,hélas , une écologie « fachisante » qui impose, avec des lois strictes , notre tendance naturelle allant vers l’égoïsme . Bon courage à tous.

  2. Merci pr ce bel article qui m’a fait bcp de bien!!!!
    Je souffre complètement d’eco anxiete (avec notamment cette énorme question: doit on faire des enfants dans un monde qui va s’effondrer? Doit on faire des enfants alors que la planète est déjà surpeuplée? Et je me flagelle à chaque fois que je prends l’avion…..)
    Je lis et relis tt ce que je trouve sur la collapsologie et parfois c’est juste contreproductif effectivement…
    Te lire me fait réaliser qu’il vaut mieux essayer de tourner le truc au positif que de se flageller ou se lamenter sur ce que les autres ne font pas… ne pas vouloir à tt prix changer les autres ni changer le monde
    Et surtout quand tu dis que mener les actions qu’on mène aussi restrictives qu’elles soient ne doivent pas nous peser si elles correspondent à nos valeurs profondes… c’est tout à fait ça….. ça met le doigt juste là où ça fait mal…merci pr ces réflexions

    1. Merci à toi Julie. Concernant les enfants je comprends ton questionnement. On peut aussi voir l’autre face de la question : est-ce que les gens éco-conscients ne devraient pas faire plus d’enfants pour qu’il y ait plus de gens sensibles dans ce monde ? A ce sujet, le film Idiocracie a été un électrochoc.
      C’est facile de “renoncer” à quelque chose qu’on ne désire pas vraiment. Je me demande si les gens qui ne font pas d’enfants “pour le climat”, avaient en réalité vraiment envie d’en avoir. C’est pour ça que je parle de faire en fonction de ses valeurs, de ses envies, et de ses facilités. Dans mon article sur les conseils pour devenir écolo, je parle du fait d’agir là où c’est facile au départ, pour ne pas tomber dans la privation et la frustration.
      Si quelqu’un a vraiment envie d’avoir des enfants, qui je suis pour juger ? Que les gens en fassent, les éduquent positivement, ou adoptent même.
      Haha, tu viens de m’inspirer un nouvel article ^^

  3. “Incorporate ECO choices into the things you LOVE” 😉

    Je me retrouve tellement dans ton article !!
    Je suis dans une période similaire à ce que tu décris : angoisse, déprime, abattement. Et sans la remarque d’une amie, puis de ma mère, je ne me serai pas rendue compte que je me mets une pression de fou alors que j’en fait déjà beaucoup. Seule avec mon petit hamster qui tourne dans ma cage mentale, j’ai fait de cette “infobésité” sur l’état de la planète (que tout le monde reçoit), une source majorée d’angoisses et de contrôle (que certains arrivent à recevoir avec plus de recul et de protection). Je me disais qu’il fallait que j’en fasse encore plus, ce qui est totalement déraisonnable (au vu de mes moyens et capacités) et épuisant sans justification car mon impact est très limité, je ne fais pas partie des gens qui polluent le plus !
    Cette prise de tête pleine d’angoisse était permanente, je n’étais plus présente à ce que je faisais.

    La remarque de mes proches m’a permis, comme toujours, de prendre du recul et de réaliser que j’en fais déjà beaucoup et que ni l’isolement, ni l’épuisement, ni la contrainte ne sont des solutions cohérentes et pérennes.

    Donc je pense que pour sortir de l’éco-anxiété, il faut :
    Echanger avec des gens : sur le sujet, ce qui permet d’extérioriser l’angoisse, de prendre du recul, d’échanger sur les faits et les actions possibles, de créer une parole stimulante et non anxiogène. Mais aussi d’échanger et d’interagir tout court : le lien social, le temps passé avec ses proches, le plaisir d’être au lieu d’avoir sont des choses précieuses, qui amènent du bonheur, de la légèreté, et rappelle ce qui est important et ce pour quoi on se bat pour la préservation de la vie sur Terre 😉
    Bien sûr, un mode de vie écolo ne doit pas être source de privation ou de frustration. L’écologie, c’est un mode de vie (idéalement, il devrait être adopté par tous 😉 ) qui nous pousse à incorporer, petit à petit, une version réfléchie et durable de ce que l’on aime faire. Moi j’adore cuisiner maison (végé et antigaspi : on teste et on découvre plein de nouvelles choses !), faire mes produits ménagers (c’est valorisant!), déguster de bons produits (bio, éthiques) en moindre quantité, me promener dans la Nature, ne plus acheter de vêtements neufs, aller au marché avec une amie, utiliser une gourde et des cotons lavables plutôt que leurs versions jetables, m’informer sur ce que je fais et consomme.
    Mais parfois, quand les algorithmes m’enferment dans une bulle d’infos anxiogènes et que les réseaux sociaux exercent leur pression (non négligeable), je me mets la pression et veut avoir une démarche encore plus cohérente et perfectible.
    Je ne pense pas que la solution soit de se couper des infos et réseaux, mais d’apprendre à recevoir l’info, sans que cela ne nous détruise psychiquement; voire soit contre-productif en arrivant à un “A quoi bon?”.

    C’est délicat car quand l’écologie est présentée de manière honnête, elle est anxiogène, le grand public la fuit ; et quand elle veut montrer qu’elle peut (et est!) être source de plaisir, de lien social, de découvertes positives : elle est taxée de colibrisme léger et naïf.

    Comme toujours, il faudrait sortir de l’opposition binaire et simpliste entre petits gestes individuels et grands choix politiques et systémiques, et encourager les deux, dans une dynamique forcément complémentaire.

    Merci pour ton article !

    1. Merci pour ton témoignage. C’est pas évident d’échapper aux algorithmes et de se déculpabiliser. Parfois on se dit que ce serait plus simple si on ne savais pas. Mais on sait, et on veut faire quelque chose. On PEUT faire quelque chose et on le fait. Reste à mesurer ce qu’on est en capacité de faire et inciter un maximum de gens à nous suivre pour démultiplier l’impact. Si on montre que c’est anxiogène d’être écolo, on va pas inspirer grand monde. Pour ma part, je mets un point d’honneur à montrer qu’on peut vivre bien, normalement, sereinement, tout en étant écolo.
      Bon courage à toi 🙂

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