10 raisons de passer à une agriculture durable

10 raisons de passer à une agriculture durable

Quand il s’agit de parler de nourriture, j’ai toujours plein de choses à dire et j’ai toujours envie d’en apprendre plus. Je trouve que la question des pratiques alimentaires, que ce soit en termes de production ou de consommation, est vraiment complexe et on ne sait plus trop où donner de la tête. Aujourd’hui, on parle d’agriculture, pour comprendre ce qui cloche et pourquoi il faut changer.

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L’agriculture telle qu’on la connaît aujourd’hui est le résultat de la “Révolution Verte”, associée à l’avancée technologique et à la politique de transformation des agricultures des pays émergents qui a eut lieu dès les années 60. Cette révolution s’est caractérisée par un accroissement spectaculaire des rendements agricoles, notamment grâce à la sélection de variétés à hauts rendements, la mise en place de l’irrigation et l’introduction de fertilisants et de pesticides.

Si cela a permis de nourrir une population grandissante en cette période d’après guerre et d’éviter la famine (on ne peut pas lui enlever ça), on ne peut pas négliger les impacts négatifs engendrés par l’agriculture moderne.

Les 10 raisons de revoir ce modèle

Je vais essayer de faire simple, au risque de vous perdre dans les détails scientifiques. 😉

–> Au niveau environnemental

Raison N°1 :  Elle cause l’appauvrissement et l’érosion des sols. Je ne suis pas agronome, mais Claude Bourguignon, oui. Il nous explique les conséquences de l’agriculture moderne sur les sols dans cette vidéo très intéressante. Le chiffre principal que j’en ai retenu est qu’en “un siècle nous avons détruit autant de terres qu’en 6000 ans d’agriculture qui nous ont précédées”.

Raison N°2 : Elle pollue et détruit les écosystèmes, avec principalement les pesticides qui se retrouvent dans les sols, rivières et océans, et les gaz à effets de serre provenant des élevages (comme le méthane relâché par la rumination des vaches) et des transports (CO2) qui se retrouve dans l’atmosphère.

Raison N°3 : Elle entraîne une perte importante de biodiversité, notamment les abeilles, essentielles dans le mécanisme de reproduction des plantes et donc à la production de notre alimentation, et les vers de terres, essentiels au renouvellement des sols.

Agriculture durable: préserver les abeillesVisuel Greenpeace

Raison N°4 : Elle surexploite les ressources : l’eau pour l’irrigation et les élevages, l’énergie pour la production, la transformation et les transports – avec une forte utilisation d’énergies fossiles polluantes (pétrole en tête) – et les forêts, en déboisant au rythme alarmant de 13 millions d’hectare par an, surtout dans les régions tropicales qui sont les plus importantes (entre autres parce qu’elles contiennent plus de la moitié de la biodiversité terrestre et permettent de réguler le climat. Rien que ça !).

Raison N°5 : Elle participe au dérèglement du climat qui résulte de tous ces phénomènes.

–> Sur le plan éthique, humain et social

Raison N°6 : Elle génère de la pauvreté. Le nombre de paysans a chuté car l’utilisation des machines diminue le besoin de main d’œuvre, ce qui a engendré des exodes ruraux et la création de bidonvilles. La situation des paysans restants n’est pas meilleure pour autant : faible rémunération pour maintenir des prix bas, augmentation de leur endettement pour se procurer matériel, pesticides, carburant et semences et intensification de leur dépendance vis-à-vis des semenciers et de la grande distribution. Dans les pays en développement, les paysans souffrent aussi de l’accaparement de leurs terres par des investisseurs étrangers qui veulent créer une production vouée à l’exportation.

Agriculture durable : rizièresRizière – Vietnam

Raison N°7 : Elle est basée sur les élevages intensifs, qui en plus d’être nocifs pour l’environnement et cruels envers les animaux, privent les pays en développement de leurs terres pour cultiver des céréales qui sont utilisées pour nourrir les bêtes. On est bien loin de la petite ferme familiale.

Raison N°8 :  Elle est dangereuse pour la santé par l’utilisation et la consommation de pesticides, comme l’augmentation des risques de maladie de Parkinson et de certains cancers. De nombreux pesticides sont aussi des perturbateurs endocriniens, qui sur la durée entraînent des déséquilibres hormonaux et peuvent conduire à l’infertilité, l’obésité, l’avancement de l’âge de la puberté etc. Sans oublier la grippe aviaire, la vache folle, les élevages aux hormones et antibiotiques et compagnie.

Raison N°9 : Elle engendre un gaspillage alimentaire considérable. 30% de toute la nourriture produite est jetée ou perdue, 1,3 milliards de tonnes par an, dont 54% durant les phases de production et de manutention et stockage après-récolte.

Raison N°10 :  Elle entretient la faim dans le monde. Quoi ? Mais c’était pas le but de la révolution verte ? Si, si. D’ailleurs, aujourd’hui on produit suffisamment de nourriture pour nourrir 12 milliards de personnes. Pourtant, plus de 800 millions de personnes souffrent de sous-alimentation ou de famine. (Chiffres de la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture).

Pourquoi ce paradoxe ? A cause de tout ce que j’ai énuméré ci-dessus: un mode d’agriculture destructeur de la terre et de la situation des paysans, qui génère une perte d’un tiers de la production de nourriture, et qui s’est développé au service de l’agro-industrie et de ses multinationales qui mettent les bénéfices devant la sécurité alimentaire.

Et on continue de nous rabâcher qu’il faut produire plus et toujours plus et que les OGM et la monoculture sont la solution pour nourrir 9 milliards de personnes en 2050.

Pas besoin d’aller plus loin pour comprendre qu’encore une fois on marche sur la tête, qu’on complique tout et qu’il est temps d’aller voir ailleurs.

Les alternatives – qui fonctionnent !

Et ailleurs, il y a plein de bonnes idées, qui partent toutes de l’idée de produire tout en préservant les sols, en respectant la nature, en limitant l’utilisation des ressources et en incluant la dimension humaine, souvent oubliée elle aussi.

Dans a catégorie agriculture durable, j’appelle au podium l’agriculture bio, l’agrosylvopastoralisme et l’agroécologie.

3 options parmi d’autres

L’agriculture biologique : La plus connue, c’est un mode de production qui a recours à des pratiques culturales et d’élevage soucieuses du respect des équilibres naturels (sols, biodiversité, air et eau). Elle exclut l’usage des produits chimiques de synthèse, les OGM et limite l’emploi d’intrants.

Il existe quelques controverses sur le bio, notamment par rapport à certains pesticides naturels autorisés qui pourraient aussi avoir des effets nocifs sur l’environnement comme le cuivre ou l’huile de neem.

Agriculture durable : fruits exotiquesSélection de fruits exotiques

L’agrosylvopastoralisme : si son nom est compliqué, c’est une méthode logique qui permet de concilier et de favoriser simultanément 3 productions complémentaires :  forêts, végétaux et animaux. Elle était auparavant très utilisée dans les pays en développement avant qu’on arrive avec nos gros sabots à coups d’agriculture moderne. C’est le modèle mis en avant pas Claude Bourguignon dans la vidéo plus haut, qui est selon lui le plus productif au monde par mètre carré.

NB: On parle aussi de sylvopastoralisme tout court pour parler d’une gestion forestière combinée à l’élevage des animaux et favorisée par elle, et d’agroforesterie pour désigner un mode d’exploitation de terres agricoles associant des plantations d’arbres dans des cultures ou des pâturages.

L’agroécologie est une agriculture qui est en symbiose avec la nature. Elle vise à offrir une alimentation de qualité, à préserver l’environnement et la biodiversité, mais aussi à rendre les sols plus productifs et tendre vers un cercle vertueux, à l’inverse de celui que l’on connaît actuellement (utiliser des pesticides car les sols sont appauvris à cause des pesticides).

Les principes sont simples : favoriser la fertilisation organique des sols, optimiser l’usage de l’eau, respecter la biodiversité, minimiser la libération de substances toxiques ou polluantes dans la nature, favoriser l’utilisation d’intrants locaux naturels, ne pas utiliser d’intrants chimiques, d’OGM et le moins d’énergies fossiles possibles.

Agriculture durableQuelque part au Cambodge

Et en France, le pionner de cette agriculture écologique c’est Pierre Rabhi ! Plus de détails sur le site de son association Terre et Humanisme. Pour lui, et il a bien raison, lagroécologie est “liée à une dimension profonde du respect de la vie et replace l’être humain dans sa responsabilité à l’égard du vivant”. (Comment ça je suis fan de Pierre Rabhi ? Je vois pas de quoi tu parles !)

Et pour faire définitivement pencher la balance…

La question qui nous taraude c’est : est ce qu’on peut nourrir la planète avec ces méthodes ?

La réponse est OUI !

La FAO nous informe que le bio peut nourrir la planète, qu’il est préférable au conventionnel d’un point de vue social et environnemental, et elle encourage tous les pays à le développer.

L’ONU déclare aussi que l’agriculture écologique permettrait de doubler la production alimentaire en 10 ans. En clair, c’est plus rentable que nos méthodes actuelles.

Et puis rien qu’en France, le bio permettrait de créer pas moins de 600 000 emplois, selon Terre de Liens Normandie. Le potentiel est là, qu’est-ce-qu’on attend ?

Agriculture durable : rizières 2Rizières – Indonésie

Je ne cache pas qu’il y a des controverses et que certaines questions peuvent se poser, comme le financement et l’apprentissage de ces méthodes pour les petits producteurs, ou sur la mise en œuvre de ces modèles (ou comme dirait mon grand père “il est où le cahier des charges du bio ? Est-ce qu’il est respecté ? Qui vient contrôler ?”). On peut être sceptique.

Bien sûr, il faut également repenser la fiscalité de l’agriculture pour soutenir les agriculteurs pour qu’ils ne soient plus dépendants des multinationales, par exemple en orientant plus de subventions en direction de producteurs qui ont besoin d’un coup de pouce pour cultiver selon une autre méthode. Pour ce qui est du contrôle, disons qu’aucun modèle n’est parfait et qu’il y aura toujours des abus. Est-ce une raison pour ne pas essayer?

Toujours pas convaincu ? Ça te dis de manger des insectes ? Non ? Pourtant la FAO étudie la contribution des insectes à la sécurité alimentaire…

Agriculture durable : larvesBon appétit !

***

C’est un vrai challenge, mais parfaitement atteignable! Avec la révolution verte, on s’est donné l’objectif de modifier profondément l’agriculture et on a réussi. Alors pourquoi pas aujourd’hui en passant à une agriculture durable ?

Je vous laisse sur cette vidéo du Mouvement des Colibris (ça résume tout ça en 1min 30 !) :

(R)évolutionnons l’agriculture ! –  Mouvement Colibris sur Vimeo

Pinterest-agriculture durable

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Cet article a 8 commentaires

  1. Salut Emma,
    Après Facebook je commente ici 😉

    Dans ton articles, tu parles des controverses sur le bio.. Petite extrait de la discussion de Noël avec mon oncle, agriculteur de pommes de terre en PIcardie (on ne se refait pas!) : “le Bio, ça n’existe pas! ils mettent des produits sur leurs légumes que nous n’avons plus le droit d’utiliser (les grands exploitants) car trop chimiques”

    Que penser… ?
    Tu as plus d’info là-dessus ?

    Pdt Noël, entre les

    1. Salut Laetitia! Bienvenue à toi ici 😉
      Je n’ai pas eu la fin de ton commentaire!
      C’est drôle, je pense que ton oncle et mon grand père (ancien agriculteur lui aussi!) font la paire 😉 Il me dit le même chose: “le bio, c’est une blague”. C’est difficile de tenir tête car après tout, n’est-il pas mieux placé que moi pour savoir ce genre de choses?…
      Déjà, pour répondre à ta question sur les produits que l’on met sur les plantations bio: ils ne sont pas chimiques, c’est interdit. Les substances autorisées sont “naturelles”. Après, comme je l’ai mentionné, il y a certaines controverses sur certains d’entre eux: le soufre et le cuivre notamment qui à fortes doses sont nuisibles à l’environnement. La bouillie bordelaise, faite à base de cuivre et utilisée entre autres en arboriculture fruitière et en viticulture, est autorisée en AB mais soumise à contraintes sur les dosages. L’huile de neem (faite à partir de graines de margousier), elle, provoque des trouble hormonaux chez les insectes et les mammifères et elle est interdite, mais semblerait être utilisée en AB.
      Le bio n’est pas parfait, c’est vrai, et on peut faire mieux. Mais ça existe, et face aux effets de l’agriculture conventionnelle, ya pas photo! Je ne sais pas si tu as visionné la vidéo de Claude Bourguignon, mais ça a été un électrochoc pour moi: l’agriculture moderne est destructrice et s’engouffre dans un cercle vicieux et il est temps de se tourner vers autre chose.
      Pour être honnête, j’ai une préférence pour les deux autres modèles qui prennent plus en compte l’équilibre et la régénération des sols, et qui sont eux aussi des modèles tout à fait réels et viables!
      Je vais d’ailleurs parler un peu plus de l’application concrète de ces méthodes dans un prochain article. En attendant, as-tu vu “Les moissons du futur” de Marie-Monique Robin sur l’agroécologie à travers le monde? C’est inspirant!
      J’espère que ça t’éclaire un peu!

  2. Merci pour cet article instructif, je ne suis pas prête à manger des insectes mais une chose est sûre : les fruits et légumes bio ne sont pas forcément plus cher et surtout, ils ont du goût et sont moins dangereux pour la santé.J’ajouterai qu’il faut acheter des produits de saison qui n’ont pas fait des milliers de kilomètres (pour éviter les fraises sans goût en hiver…)
    En plus j’avais l’impression que la grande distribution se servait du bio parfois de façon illégitime mais ton article nous apprend deux autres alternatives et les bienfaits du bio sur l’activité économique et en ce temps de crise, ça ouvre des perspectives!

    1. Oui c’est certain! Et je vais parler des fruits et légumes de saison, ainsi que du bio grande surface dans le prochain article de la série 😉

      Merci Audrey!

  3. Quelle naïveté… Je trouve vraiment ce genre d’article insultant pour la population agricole. Tout d’abord les exemples cités dans cet articles sont totalement vrai, mais il faut les traiter indépendamment et non les superposer. Chaque source est différente et dépend des conditions d’exécution qui sont malheureusement antagoniste. C’est dommage de divulgués des information si erroné (du moins comme elle sont exploité ici). Vous comparez une agriculture productiviste des années 80 avec un modèle d’agriculture de 2050. Car l’agriculure bio d’aujourd’hui est viable mais seulement pour des valorisations sur circuit court (vente directe à la ferme, marchés) mais elle n’est pas encore au point techniquement pour “doubler la production alimentaire en 10 ans”. Cet extrait de la FAO prend en compte l’accroissement de la productivité agricole des pays émergents. c’est ce lâchage de pot pourris de citations que je voulais remettre en cause, pas seulement de cette article, mais en général sur l’agriculture raisonnée (que vous décrivez comme productiviste). Car, et pour finir, l’utilisation de pesticide ou de produit phytosanitaire n’est pas utilisé systématiquement en dosage incontrôlé. Aujourd’hui nous pratiquons des interventions (fongicide ou pesticide)curatives et non préventives sur nos terres, avec des dosages adaptés à la gravité de la situation. quand l’homme est malade, il n’a pas peur de prendre un paracétamol pour réguler une fièvre alors que s’il avale la plaquette entière, il meurt. Tant d’idées que j’aimerais développé ici pour défendre ma passion et ma vie que certains sujets, traités par des lecteur diagonaux de compte rendu, dénigre devant le grand public.

    1. Bonjour,
      Merci pour votre commentaire, c’est intéressant d’avoir l’avis d’un jeune agriculteur.
      Je voudrais tout d’abord préciser que mon but n’était absolument pas d’insulter la population agricole. Je voulais simplement mettre en avant des faits qui sont réels et qui découlent d’un modèle agricole certes des années 80 mais qui a été généralisé à l’échelle mondiale, cette disproportion d’échelle ayant engendré des impacts lourds qu’on ne peut pas ignorer.

      Par ailleurs, je ne suis pas une experte en agriculture et je ne prétends pas l’être. Je recherche des sources scientifiques pour appuyer mes arguments car je ne veux pas seulement étaler une opinion, mais construire une réflexion. Je souhaitais mettre en avant des modèles vers lesquels on peut se tourner, qui fonctionnent et qui sont viables. Je n’ai pas développé le modèle de l’agriculture raisonnée, une démarche que je connais moins et que je n’associe d’ailleurs pas du tout avec l’agriculture productiviste dont je parle dans l’article.

      Cet article est le premier d’une série que j’ai voulu écrire pour approfondir ce sujet complexe et le comprendre, en essayant de faire au mieux.

  4. Un très très bon récap ! En 10 points comme ça, c’est top, on retient bien !!! 🙂 Vive Pierre Rabhi, je suis trop fan de lui aussi. 🙂 Gros bisous !

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