Retour de voyage : 8 mois plus tard

Retour de voyage : 8 mois plus tard

Le temps passe à une vitesse folle. On n’a pas le temps de dire ouf, que nous sommes déjà à la moitié de l’année 2016. 8 mois après mon retour de ma vie au Mexique et en Colombie. Le premier retour de voyage, en 2011, était assez douloureux. C’est souvent comme ça lorsque l’on rentre d’une aventure hors du commun. Mais cette fois-ci mon bilan est assez différent.

La fin d’une aventure

La raison principale pour laquelle j’avais mal vécu mon premier retour en France il y a maintenant 5 ans, c’est que j’avais une sensation d’inachevé. Même si cette première aventure était bel et bien terminée, j’avais des rêves d’expatriation plein la tête. Je rêvais de m’envoler pour l’Amérique Latine, d’apprendre l’espagnol, de travailler sur des projets de volontariat et de passer mon divemaster. Pourtant j’étais heureuse de retrouver les miens, et j’avais besoin de remettre un pied dans la vie occidentale. Un contraste un peu difficile à gérer, qui m’a finalement amenée à repartir pour le Canada, puis le Mexique.

Au Mexique, je me suis prise une grosse claque. J’ai réalisé que je courrais après moi-même et que ce n’était pas en sautant de pays en pays que j’allais me réaliser. J’ai fait le choix de rester et de travailler mes démons. Lorsque j’ai décidé de rentrer en Septembre dernier, c’était un vrai choix. Celui né de la prise conscience qu’en ralentissant, j’avais accompli ces quelques rêves qui m’étaient chers. J’étais allée au bout de mon aventure. J’avais enfin envie de me stabiliser et de poser les premières pierres de mon socle de vie. J’avais une grande envie de retrouver ma famille et mes amis et d’entamer un nouveau chapitre de ma vie.

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La réadaptation

C’est toujours le point sensible. Se réadapter à une vie que l’on a quitté, à un nouveau climat, qu’il soit météo ou social. Mais la deuxième fois, on sait un peu plus à quoi s’attendre et le choc est beaucoup moins violent, en tout cas dans mon cas.

On est la star de quelques jours, où les gens se plient en quatre pour nous revoir mais reprennent vite le cours de leur vie, et on se retrouve de nouveau face à nous-même, loin de l’euphorie des retrouvailles. On reconstruit sa vie sociale tant bien que mal.
Je rencontre de nouvelles personnes, j’en retrouve qui sont sorties de ma vie un temps et qui en font à présent partie intégrante, et j’accepte que certains que je voyais souvent s’éloignent. Je suis rentrée en partie pour ça : profiter des êtres chers avant qu’ils ne s’en aille tous vivre leur vie. A 30 ans, l’entourage avance parfois plus vite qu’on ne le voudrait. La vie change, mais j’ai la chance d’avoir une grande richesse de personnages et d’univers autour de moi, et j’adore ça !

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Je ressens toujours cette sensation d’être à contre-courant, mais cela fait un moment que j’ai choisi de vivre une vie atypique donc je m’y fais. Même si j’avoue que ce n’est pas évident de revenir à Paris, où la vie est chère, où les gens sont overbookés et semblent vivre leur vie sans réaliser l’impact de leurs mots et de leurs actions. Revenir dans un bain de consommation sans fin, s’y faire sa place tout en gardant l’œil fixé sur sa conscience.

Cela demande des compromis, mais finalement c’est un beau challenge. Je trouve ça intéressant de voir comment amener de la conscience là où il n’y en a pas forcément. Cela m’aide également à prendre du recul sur mes choix, sur le monde qui m’entoure, et à travailler ma tolérance et mon auto-indulgence. Je ne suis pas parfaite, et je fais de mon mieux avec les outils que j’ai. J’avance, je reviens en arrière, et je m’ajuste au fur et à mesure.

Ce n’est pas tous les jours facile, et j’ai des coups de blues de temps à autre. Le côté positif, c’est que je remarque qu’il y a un entrain pour les projets solidaires, et qu’il est beaucoup plus facile d’en parler aujourd’hui. Ça donne du courage pour continuer !

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Les apprentissages

Je pense que le point le plus sensible lorsque l’on rentre de voyage, c’est de garder le cap sur ses apprentissages. Comment conserver les bénéfices de son voyage dans une vie plus sédentaire?
Lors de mon premier voyage, j’avais pris conscience que je pouvais tout faire, j’avais pris confiance en moi et je me sentais pousser des ailes. En rentrant, j’ai senti ces ailes coupées et la “réalité” occidentale m’étouffer, jusqu’à douter de nouveau de mes capacités.

Cette fois-ci, le voyage m’a apporté énormément en lâcher prise, en compréhension de mes émotions et en auto-valorisation. Et au retour, sorti de mon contexte, je galère! Tout se mélange dans ma tête, je ne sais parfois plus comment réagir entre ce que j’aimerai ressentir “rationnellement” et ce que je ressens vraiment. J’ai du mal à faire la distinction entre contrôler mes émotions et les traverser, et à trouver mon équilibre entre mon besoin de penser à moi et mon envie d’être là pour les autres. Je pensais avoir compris pas mal de choses, mais en fait c’est plutôt comme si j’avais fait passer une tornade pour tout remettre à plat, et que maintenant je ramasse les débris. Je ne sais pas si ce que je dis là vous parait compréhensible !

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Si c’est le point qui me remue le plus, c’est aussi celui qui me fait sourire. Parce que la vie ne cesse de me mettre au défi. Parfois j’ai envie de l’envoyer bouler parce que je ne suis pas d’humeur et que je voudrais un répit. Mais souvent je la remercie car je sais que c’est pour avancer. Malgré mes difficultés, je sais au fond de moi que les choses arrivent pour une raison et que tout ira bien. Et sans vouloir me lancer des fleurs, c’est un trait de caractère que j’adore chez moi. J’ai beau grogner, je vais toujours me remettre en question et tendre l’oreille pour m’améliorer.

Et je dois admettre que la vie m’apporte beaucoup de belles choses depuis mon retour: des retrouvailles survoltées, des personnes en or, des opportunités qui tombent à pic, de nouveaux projets super motivants, et toujours plus de découvertes !

 

Et les voyages ?

Pour moi, le voyage est synonyme de liberté et d’indépendance. Une expérience qui nous amène à nous dépasser et aller s’aventurer au delà de ce qu’on se sentait capable de faire, en plus d’apporter une grande richesse culturelle et sociale. Le voyage fera toujours partie de moi, je ne peux pas le nier.

La dernière fois, j’avais très envie repartir. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, même si parfois, oui, j’aimerai m’échapper. Le terme n’est pas choisi au hasard. Au delà de la nostalgie, je remarque que les moments où me prend l’envie de partir sont ceux où je ressens des difficultés, et mon reflex interne est de vouloir m’en éloigner au plus vite, sans d’ailleurs que cela implique d’aller loin, juste de prendre de la distance.

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Pour le moment, je sais que ma place est ici. J’ai toujours tendance à vouloir aller trop vite et que les choses se concrétisent rapidement. Je mets souvent un poids sur le fait de renoncer à quelque chose lorsque je choisi une direction, car j’aimerai tout faire en même temps. Mais je veux continuer de prendre le temps et me faire cette faveur de ralentir. Rien ne presse, et surtout, rien n’est définitif !

L’année dernière j’ai fait un reset. Cette année, je plante de nouvelles graines, et les graines, ça met du temps à donner de belles plantes !

Alors des voyages, j’en referai sûrement, mais plus tard !

***

Et toi, comment tu vis tes changements de vie ?

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Cet article a 8 commentaires

  1. Un beau bilan, très positif malgré les difficultés que tu évoques.
    Je pense aussi que rentrer de façon voulu et assumé change tout.

    Bon courage dans ta nouvelle vie.

    1. Surtout assumé je dirais. Parfois on choisi de rentrer car “il est temps” ou pour voir ses proches, mais on n’assume pas derrière la claque que cela implique.
      Cette fois-ci, la claque aura été plus tempérée disons, et regardée avec plus de hauteur…
      Merci Tiphanya!

  2. J’aime beaucoup ce retour, car il est à la fois personnel et universel. Tes mots sonnent juste et je m’y retrouve beaucoup.
    Je suis moi-même revenu d’un long voyage en mars 2014 et bien que les deux premiers mois se passaient plutôt pas trop mal, la chute n’en fut que brutale. Toute ma vie entière s’est effondrée avec un melting-pot de mauvaises nouvelles en même temps, y compris digérer le voyage. En réalité ce dernier avait changé une très grande partie de ma philosophie de vie sans que je m’en rende compte. Dès lors, rester à Paris devenait impossible par exemple.
    Comme toi aussi, je constate souvent, à regret et avec impuissance les gens overbookés et semblant vivre leur vie sans réaliser l’impact de leurs mots et de leurs actions. Cette fameuse conscience que le voyageur sur le retour découvre. Qu’elle ne fut pas ma grande surprise quand je mesurai la conséquence d’une action que j’avais inopportunément effectuée sans réfléchir alors que j’aurai pu agir différemment. L’exemple typique: veux-tu un coup de main ? ne signifie pas réellement un “je t’aide” mais un “je vois que tu fais un truc, j’ai la flemme, mais je t’en cause”. A cette question “veux-tu un coup de main” répétée volontairement des tas de fois, TOUS ont répondu la même chose: non merci. Et de me rendre compte de cela, de quoi nous étions fait, de notre programmation, filtres, culture a été un grand choc….

    Comme toi, cela m’a permis avec du recul d’apprendre encore sur moi, sur le “monde” (en résumé, nous ne sommes rien ^^), à me concentrer sur l’essentiel et aussi à vivre. Parfois en paix, parfois en colère dans mon cas. Et cela bien des mois plus tard quand j’ai repris pied. Je vois et pense les choses différemment et je me sens moins comme une guêpe piégée dans une bouteille de bière au goulot ouvert. Libre à l’esprit détaché ? Certainement plus 🙂

    Vraiment, un texte salutaire par chez toi 🙂
    Le mien si tu veux (différent): http://www.journauxdevoyages.com/1-an-apres-le-retour-de-voyage-le-bilan

    1. Merci pour ton retour Emmanuel!
      C’est toujours un challenge de rentrer, et on se retrouve face à des façons de faire et de penser qui ne sont plus les nôtres, alors difficile de se remettre “dans le moule” et de faire semblant. Faire le choix de rester tout en gardant son état d’esprit, c’est un vrai défi! Mais je pense qu’il vaut le coup de le tenter, pour arriver à faire ce lien entre ce dont on a conscience et la réalité que l’on voit.

      Je vais aller jeter un œil à ton article!
      A bientôt!
      Ton exemple me parle beaucoup, nous sommes formatés à travers des phrases toutes faites qui n’ont pas beaucoup de sens au final. Merci d’en avoir fait part, cela me donne de nouveaux axes de réflexion! Il y a tellement à apprendre à travers les mots et les actions de chacun, à travers ses émotions, ses comportements, ses opinions. Quand on creuse, on découvre des clés pour mieux comprendre notre place dans ce monde, et par rapport aux autres…

  3. J’apprécie toujours autant la justesse de tes bilans Emma.
    Merci beaucoup de partager tes réflexions avec nous, elles me servent régulièrement de tremplin pour amorcer les miennes.
    Il y a un passage qui me touche et fait énormément écho à ce que je ressens régulièrement :
    ” je ne sais parfois plus comment réagir entre ce que j’aimerai ressentir “rationnellement” et ce que je ressens vraiment. J’ai du mal à faire la distinction entre contrôler mes émotions et les traverser, et à trouver mon équilibre entre mon besoin penser à moi et mon envie d’être là pour les autres.”
    Parfois aussi (même souvent), je galère pour distinguer la théorie de ce que j’aimerais ressentir et ce que je ressens réellement. Comment gères-tu cette situation? parviens-tu à mieux te connecter à toi-même ?
    Et ces pulsions d’échappées, je pense que nous sommes nombreux à en avoir ! j’ai d’ailleurs grand grand hâte de partir cet été en Ecosse, ce sera l’occasion de réaliser une belle coupure avec le flux quotidien qui est parfois si oppressant.
    Douce journée !

    1. Merci Emilie, ton message me touche beaucoup!
      Comment je fais pour gérer? Argh, c’est là toute la réflexion. Disons que je fais ce que je peux pour comprendre pourquoi quelque chose m’affecte, pour voir si c’est quelque chose que je suis prête à accepter ou quelque chose que je veux changer. J’essaye de lâcher prise sur ce que je ne peux pas contrôler, et de prendre de la hauteur pour voir les choses d’un œil plus positif.
      Par exemple, si l’action de quelqu’un me dérange, je vais regarder si moi-même je ne fais pas la même chose ou bien concentrer mon attention sur une autre action qui aura été positive.
      Je pense que tout est lié à la connaissance de soi-même. Et c’est parfois difficile car on pense avoir dépassé certaines choses et on fait des “rechutes” que l’on digère mal. Il y a un gros travail d’auto-indulgence à faire.
      Belle journée à toi aussi!

  4. Eh bien tout ce que je peux dire c’est que cet article me touche.
    Je reviens moi aussi de 8 mois passés au Canada (après un voyage d’un an en Australie) et le retour n’est pas évident non plus. Cette impression de vivre en décalage avec mon entourage, des envies de repartir quand le manque de mes proches m’a fait revenir et la raison me dit de rester…Je suis complètement perdu(alors que j’étais un peu parti pour me trouver, c’est le comble!)
    Tout ça pour dire que je te comprends (surtout dans ton envie de vivre à ta façon sans pour autant rentrer dans le moule) et que te lancer dans de nouveaux projets est sûrement une très bonne idée!
    Continue de poursuivre tes rêves quoiqu’il arrive!

    1. Bon courage! Ce n’est jamais évident le retour. Il faut rester à l’écoute de toi-même et voir où tu veux aller à partir de là!

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