Faut-il avoir peur de voyager quand on est une femme ?

On me dit souvent que je suis courageuse d’être partie voyager, à l’autre bout du monde, en laissant tout derrière moi pour me laisser porter par le destin. On me demande aussi si je n’ai pas peur de partir dans l’inconnu, ou si en tant que femme – que je parte seule ou avec ma sœur – ce n’est pas un peu risqué. La sécurité en voyage est bien évidemment une question que je me pose, mais cela ne me pèse pas ni me paralyse car je ne me sens finalement pas plus en danger ailleurs qu’ici.

 

Le danger est relatif

Les médias ont la fâcheuse tendance à nous donner la trouille en relatant des faits divers des quatre coins du monde tels que des enlèvements, des conflits, des viols, ou des catastrophes naturelles, de quoi nous y faire réfléchir à deux fois. Non pas que ces dangers n’existent pas, mais ce n’est pas une raison pour généraliser et s’empêcher de vivre.

Certes, en tant que femmes on peut être plus “vulnérables” que les hommes en terres inconnues. Mais le danger existe partout, et le monde n’est pas aussi dangereux qu’on veut nous le faire croire. J’en ai eu la preuve récemment avec les attentats qui ont eu lieu à Paris à mon retour de voyage, alors que mes parents s’inquiétaient quand j’étais au Mexique ou en Colombie, où pour le coup je ne me suis pas sentie en insécurité.

De plus, les problèmes sont généralement localisés, ce qui veut dire que cela ne concerne pas tout le pays. J’étais à Bangkok en 2010 lors des conflits des chemises rouges, et je n’ai rien vu du tout car j’étais à l’autre bout de l’immense ville. Oui le Nord du Mexique peut être dangereux, mais j’étais dans les caraïbes sur une île touristique.

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Faire preuve de bon sens

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas être sur ses gardes car des risques existent toujours et les nier serait inconscient. Il est primordial d’être conscient que tout peut arriver et de s’adapter aux cultures et aux lieux que l’on visite. Ce que je veux dire c’est qu’il ne faut pas se laisser consumer par la peur à s’empêcher de vivre, mais plutôt s’en servir comme un périmètre de sécurité, un instinct de survie. L’important est d’être attentif et de s’écouter pour de ne pas aller là où on ne le sent pas.

Quand j’étais à Medellín en Colombie, on m’a dit que le soir ça pouvait craindre un peu et comme je logeais loin, j’ai préféré rentrer en taxi le soir que de marcher ou de prendre les transports en commun. Je ne sais pas si je me serai particulièrement exposée si je l’avais fait, mais je me sentais plus à l’aise de faire ainsi et je n’ai eu aucun problème.

Le voyage, on le vit pour soi et pas pour prouver quoi que ce soit. Ce n’est pas un concours du plus courageux, de celui qui sortira le plus de sa zone de confort ou des sentiers battus, ni de celui qui prendra le plus de risques. Au Mexique, j’avais très envie de voyager en stop, et je sais que de nombreuses voyageuses partent à l’aventure de cette manière sans problèmes. Sauf que je ne me sentais pas de le faire toute seule alors je me suis faite accompagnée de quelqu’un qui en avait déjà fait. L’expérience était magique et je n’ai jamais regretté une seconde de ne pas avoir eu “le courage” de me lancer seule.

 

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Il faut se mettre à l’aise. Voyager crispée ou sous la peur n’apportera rien de bon et aura même tendance à attirer les mauvaises situations. La méfiance se sent, car on va adopter un comportement plus fermé, peut-être plus agressif, on va regarder par terre et éviter de croiser le regard des gens. Alors que si on lève la tête, qu’on sourit et qu’on s’accorde une dose de confiance pour aller vers les gens, tout se passe tout de suite mieux !

 

Est-ce qu’il m’est arrivé d’avoir peur ?

Très sincèrement, je ne me souviens pas avoir eu vraiment peur en voyage. Avec ma sœur il nous est bien sûr arrivé quelques mésaventures, comme nous faire voler de l’argent, nous blesser, nous faire arnaquer ou subir des trajets en bus un peu flippants. Ce sont les bas du voyage auxquels on ne coupe pas et qui font partie de l’expérience ! Ce sont des moments qui ne sont pas très agréables sur le coup mais qu’on oublie vite. Je n’ai pour l’instant pas ressenti de grande frayeur, au point de sentir vraiment que ma vie était en danger, ou de décider de rentrer chez moi.

Est-ce de la chance ou de la prudence ? Je ne saurai vous dire. Il est vrai que dans mon cas, j’ai beaucoup voyagé avec ma sœur et on veille l’une sur l’autre. Mais j’ai également voyagé seule aux Philippines et en Colombie et tout s’est très bien passé. Il faut dire que je ne reste jamais seule très longtemps. Même si j’aime voyager seule pour la liberté que cela offre et la possibilité de passer des moments tranquilles, j’aime les rencontres et partager avec les autres. En Colombie, j’ai choisi d’aller voir des amis, de faire du couchsurfing et d’aller sur des projets, ce qui m’offrait sans doute un cadre plus “safe” que si j’étais partie dans l’inconnu, même si je faisais tous mes déplacements seule.

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Je vous avoue que je ne fais pas particulièrement attention, pas forcément plus qu’à la maison je veux dire. Oui, je me renseigne sur où je mets les pieds, je respecte la culture locale, je surveille mes affaires et j’évite de passer pour une touriste occidentale. Mais j’utilise le même “radar” qu’en France, où je suis tout aussi en proie à une agression. Je repère de loin les personnes potentiellement bizarres, j’évite les quartiers chauds ou de me promener seule la nuit dans un endroit que je ne connais pas, je garde un œil sur mon verre et sais comment rentrer chez moi.

 

Mes conseils pour voyager au féminin

Globalement, les comportements à adopter pour plus de sécurité en voyage s’appliquent aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Mais soyons honnêtes, nous les femmes sommes souvent et très malheureusement considérées comme des objets sexuels, tant pour les locaux que pour les voyageurs! Si on voyage seule ou entre célibataires, c’est d’autant plus perçu comme un signal de liberté sexuelle, souvent associée au voyage. Donc naturellement, nous devons être un tantinet plus attentives.

Voici une liste de conseils non exhaustive pour tranquilliser son esprit sur la route !

1. Se renseigner sur la destination : la culture, les zones de conflits, les arnaques, les quartiers chauds. Pour cela les guides de voyages sont très bien faits ou vous pouvez consulter le site France Diplomatie;

2. Commencer par des zones du globe se prêtant plus au voyage novice, comme l’Asie du Sud Est;

3. S’inscrire sur Ariane pour signaler sa présence dans un pays étranger (je dois vous avouer que j’oublie tout le temps de le faire);

4. Ne pas montrer de signes de richesse : surtout lorsque l’on va dans des pays plus pauvres que le nôtre, évitons de pavaner avec nos reflex autour du cou et des bijoux apparents;

5. Respecter les traditions, et particulièrement la tenue vestimentaire: éviter de se dénuder dans des pays où ce n’est clairement pas coutume;

6. Apprendre la langue : l’Anglais ou l’Espagnol permettent de se rapprocher plus facilement des locaux et de faciliter la communication;

7. Surveiller et vérifier ses affaires, notamment dans les transports en commun;

8. Réserver la ou les premières nuits dans une auberge de jeunesse ou en couchsurfing: cela permet de savoir où on arrive mais aussi de rencontrer des gens avec qui ont peut envisager des sorties;

9. Éviter de rentrer seule le soir, de suivre des inconnus, et ne pas hésiter à prendre un taxi;

10. Faire confiance à son instinct : ne pas faire juste pour faire mais prendre en compte ses envies, ses limites et son intuition;

11. Ne pas sortir avec tout son argent et ses articles de valeur sur soi, mais conserver quelques billets à donner en cas de vol, auquel cas il ne faut pas résister et donner ce qu’on nous demande;

12. Se montrer confiant dans sa démarche, et rester attentif à son environnement.

 

Coupables de voyager ?

Je voudrais terminer sur le sondage de l’association française Mémoire traumatique et victimologie qui a été publié la semaine dernière, révélant que près d’un tiers des français considèrent encore que l’auteur d’un viol serait moins responsable si la victime portait une tenue sexy. Les stéréotypes sur le viol sont encore trop ancrés et font toujours trop porter la responsabilité à la victime plutôt qu’au violeur. Moi, ce genre de chiffres me rend dingue !

Mais quelle est cette société où on culpabilise les femmes de vivre leur vie, de s’habiller comme elles veulent ou de sortir, au lieu de chercher à changer les mentalités pour montrer que c’est le comportement d’agression qui n’est pas normal ?

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Même s’il faut être conscients des risques qui existent, non, nous ne sommes pas coupables de nous faire agresser !! De la même façon, comme le soulève très bien cet article, s’il arrive un malheur à une voyageuse ce n’est en aucun cas de sa faute. Ce n’est pas tenter le diable que de voyager en tant que femme, seule ou à plusieurs. Nous ne sommes à l’abri de rien, ailleurs comme ici, même si nous adoptons le comportement le plus sûr qui existe. Alors ne nous empêchons pas de suivre nos rêves par peur !

Et je vais vous faire une confidence, cela me fait moins peur et je trouve plus facile de partir dans un pays inconnu, sans base ni repères, que de rester ici pour commencer à construire un peu ma vie !

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Et toi, quelle voyageuse es-tu ?

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