Textile écologique : guide des matières

Envie de vous constituer une garde robe écologique avec de beaux vêtements en matières eco-friendly ? Oui, mais pas facile de s’y retrouver dans la jungle des fibres textiles ! Voici donc un récapitulatif des matières à privilégier et à éviter, et pourquoi.

Le sujet des fibres textiles est assez complexe au premier abord, car tout ce qui est naturel n’est pas forcément éthique, écologique ou abordable, et ce qui est issu d’un procédé chimique ne présente pas que des inconvénients et tout n’est pas forcément à jeter.

 

Les fibres naturelles végétales

Les fibres végétales ont bonne presse, parce qu’elles proviennent de ressources renouvelables, sont biodégradables, hypoallergéniques, respirantes, douces et confortables. Sont-elles pour autant toutes écologiques ? Pas forcément.

 

À éviter 

Le coton conventionnel

La production du coton est l’une des plus polluantes au monde, utilisant une grande quantité d’insecticides (1/4 de la consommation mondiale) et pesticides pour lutter contre les parasites, avec une trentaine de traitements par an. Le blanchiment du coton, lui, nécessite l’utilisation de chlore et de métaux lourds. Conséquences : pollution des sol, plus d’1 million de personnes intoxiquées et de 20 000 morts par an. Par ailleurs, la production du coton est très consommatrice d’eau : compter entre 7 000 et 29 000 litres d’eau d’irrigation pour un kilo de coton. Au final, pour un t-shirt, ce sont 140 grammes de produits chimiques et 2 700 litres d’eau qui sont consommés.

 

À privilégier

Le coton biologique

On préférera donc largement les fibres en coton biologique certifié GOTS (Global Organic Textile Standard), dont la culture utilise des engrais naturels et moitié moins d’eau.

Le lin

Le lin est l’une des fibres les plus écologique : sa culture ne nécessite pas d’irrigation, utilise très peu d’intrants chimiques et ne produit pas de déchets car tous les sous produits sont réutilisés . De plus, le lin est une fibre locale : adapté au climat océanique humide, il est majoritairement cultivé en Europe de l’Ouest, la France étant le leader mondial.

Le chanvre

La fibre de chanvre est la plus résistante et la moins polluante. Naturellement antibactérien et antifongique, la culture du chanvre ne nécessite pas de traitements chimiques, en plus de ne pas avoir besoin d’irrigation. Plus que ça, Cultiver le chanvre entretien les sols, absorbe beaucoup CO2, et pour ne rien gâcher, la France est le leader européen de sa production ! Le chanvre protège également des UV.

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Les fibres naturelles animales

Les fibres animales posent des problèmes éthiques sur les conditions des animaux. Si on décrie aisément le port de la fourrure, on pense souvent beaucoup moins aux autres textiles issus des animaux, tels que le cuir, les laines et la soie. “Mais on ne tue pas les animaux pour leur laine” pensera-t-on. “La vache est déjà morte pour le cuir, autant l’utiliser” dira-t-on. La réalité n’est pas si simple, et on trouve tout à fait de quoi s’indigner. Si vous n’êtes pas encore prêts à virer végane, voici des pistes pour vous aider à mieux consommer.

 

À éviter

La fourrure

Pour produire la fourrure, ce sont des millions d’animaux qui sont élevés dans des conditions abominables, puis gazés ou électrocutés. Il s’agit surtout de visons, renards et ratons laveurs (mais pas que), enfermés dans des cages grillagées et exposés à des souffrances physiques et psychologiques : infections, membres cassés, plaies à vif, développement de comportements anormaux tels que l’automutilation ou le cannibalisme. Bref, rien de bon là-dedans, donc on évite les pièces en fourrure y compris les manteaux avec des capuches en vraie fourrure ! Pensez également aux plumes de canard dans certaines doudounes.

L’Angora

L’Angora est un petit lapin au poil soyeux et abondant, qui en est dépourvu soit par tonte, soit par épilation au peigne, soit par arrachage. Cette dernière méthode est la méthode utilisée en Chine, qui produit 90% de la laine Angora. Et si en France on est censé pratiquer des méthodes plus douces, elles ont aussi été dénoncées. On retrouve finalement des conditions similaires aux élevages pour la fourrure.

La laine Mérinos

C’est la plus courante pour les vêtements en laine. Provenant du mouton, la laine est très appréciée pour sa chaleur et sa douceur. C’est en Australie que se situe le plus grand nombre d’élevages de moutons, pratiquant le mulesing qui est dénoncé par les associations de protection des animaux. Le mulesing consiste à découper la queue et des bandes de peau sur l’arrière train des moutons pour lutter contre la myase : des mouches qui pondent des larves dans les replis de la peau, ce qui provoque des infections. La pratique se fait souvent sans anesthésie, et laisse leur chair à vif. Franchement, j’ai essayé de regarder une vidéo, je n’ai pas pu regarder jusqu’au bout, j’ai failli vomir. De plus, c’est sans compter la castration à vif, un taux de mortalité de jeunes agneaux très élevé et des émissions de gaz à effet de serre importants. A moins de connaître une marque qui vous garantisse la bonne condition des moutons, passez votre chemin.

Le cachemire

Cette matière douce à souhait provient des chèvres de Mongolie et Mongolie Intérieure et est produite dans la région qui s’étend du Nord de la région du Cachemire en Inde à la Mongolie. Outre les pratiques de castration et encornage, l’élevage intensif des chèvres entraîne la désertification des terres, car elles ont la particularité d’arracher les racines de l’herbe en broutant, empêchant la terre de se régénérer. De plus, les chèvres ont besoin de leur toison pour se protéger contre le froid de la région.

=> Un mot sur le Shearing : il s’agit tout simplement du tannage de la peau avec la laine intacte, ce qui implique de tuer la bête, que ce soit une chèvre ou un mouton. Donc oui, il arrive de tuer les animaux pour leur laine.

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À privilégier

Si vous ne voulez pas vous passer de laines, voici deux options qui s’offrent à vous.

Le mohair made in France

Le mohair est une laine provenant de la chèvre Angora (à ne pas confondre avec le lapin Angora), originaire d’Asie Mineure. Aujourd’hui, on trouve des élevages de chèvres en France, où l’on peut acheter directement au producteur via la filière “le mohair des fermes de France”. Vigilance cependant, je vous invite à bien vous renseigner auprès des conditions d’élevage et de tonte (toujours véhicule de stress quelque soit l’animal).

L’alpaga made in France

De la famille des camélidés, ce mammifère est similaire au lama, et vient d’Amérique Latine. Tout comme la chèvre Angora, son élevage l’alpaga se fait dorénavant un peu partout, notamment en Angleterre, aux États Unis, au Canada, en France. Ces bêtes n’entraînent pas les soucis des chèvres élevées pour le cachemire, et ont l’avantage de produire beaucoup de laine et d’avoir plusieurs couleurs, ce qui limite l’utilisation de teintures. Tout comme le mohair, restez tout de même vigilants quant aux marques que vous choisissez.

 

À vous de voir

La soie

La soie est une fibre animale produite par des chenilles, qu’on nomme “ver à soie”. La production de la soie se fait en ébouillantant les cocons pour tuer la chrysalide sans abîmer le cocon pour ensuite filer la soie dont il est fait. Il faut tuer environ 15 vers pour 1 gramme de soie. Parallèlement, la production de la soie se fait largement en Chine et en Inde, ce qui pose également des questions d’éthique au sujet des conditions de travail. Sachez qu’il y a une émergence de techniques visant à préserver la vie des vers, mais encore peu utilisée.

Le cuir

Le cuir est un sous produit de l’industrie de la viande, permettant d’utiliser la peau des bêtes abattues. Sa production est donc intimement liée à l’élevage, et soulève les mêmes problématiques : conditions de vie des animaux, abattage et impact environnemental. Par exemple, l’élevage bovin est l’un des plus polluants et des plus consommateurs en eau. De plus, l’élevage bovin est responsable de 2/3 de la déforestation en Amérique du Sud, dont l’Amazonie, car il nécessite une surface de pâturage de un hectare par tête. En 2012, Envol Vert a révélé que de fil en aiguille, 1 paire de chaussures en cuir sur 7 consommées en France est issue de la déforestation.

=> Si vous souhaitez consommer du cuir et de la soie, préférez les marques éthiques et offrant une certaine traçabilité.

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Les fibres artificielles

Les fibres artificielles sont produites à partir de ressources naturelles mais en utilisant des procédés chimiques. Ce sont toutes les celluloses de bois (bambou, eucalyptus, hêtre…), les viscoses, mais aussi les dérivés de soja ou de maïs. Ces matières sont appréciées pour leur résistance et leur effet “soie”, tout en ayant les avantages du synthétique : stable au lavage, infroissable, durable. Il existe deux procédés de production de ces matières.

 

À éviter

Le procédé viscose

Produit à partir de matière première végétale, la viscose est le résultat d’un procédé chimique polluant et toxique qui repose sur la dissolution de la cellulose et l’usage de soude caustique, d’acide sulfurique et de disulfure de carbone. Les vêtement en viscose, rayonne, acétate et même en bambou sont issus de ce procédé. Dans le cas du bambou, il faut être méfiant car la plupart du temps, c’est bien de la viscose de bambou qui est proposé, et non la fibre de bambou qui elle respecte des méthodes naturelles.

 

À privilégier

Le procédé Lyocell

Le lyocell est une fibre 100% cellulosique et biodégraDable, produite à partir de pulpe d’eucalyptus dans un circuit quasi fermé. Sa fabrication se fait dans le respect de l’environnement, en utilisant des solvants non toxiques et recyclables (ils sont récupérés à 97%). On trouve également le lyocell sous le nom de Tencel ®, dont le bois d’eucalyptus est issu de plantations certifiées PEFC ou FSC. Suivant ce procédé, il existe également le Modal ®, issu du bois de hêtre, et le Cupro ®, issu des résidus de coton.

 

Les fibres synthétiques

Les fibres synthétiques sont fabriquées à partir de substances extraites du pétrole, une ressource non renouvelable. Elles ont l’avantage d’être résistantes et facile d’entretien, mais elles ne sont pas biodégradables, difficilement recyclables et leur processus de fabrication est très polluant.

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À éviter

Le polyester

C’est la fibre synthétique la plus utilisée obtenue par polymérisation, un procédé chimique, et rejette de petites particules de plastique au lavage.

L’acrylique, la polyacrylique

Elle est fabriquée à partir de nombreux produits chimiques, tels que les solvants ou le cyanure d’hydrogène, un gaz extrêmement toxique pour l’être humain.

La polyamide (ou nylon), le polyuréthane (ou Lycra, spandex, élastanne)

Utilisés surtout pour les bas, les collants, les maillots de bain dont le procédé de fabrication utilise des composants irritants et toxiques.

PFC et PTFE

Attention également au Gore-Tex, composé de polytétrafluoroéthylène (PTFE – également utilisé pour les poêles en Téflon) et aux composés perfluorés (PFC) utilisés dans les vêtements de sports et imperméables, car ils sont jugés toxiques (perturbateur endocrinien et cancérigène) ! Guettez la mention PFC-free.

 

À privilégier

La fibre synthétique recyclée !

Le PET, le plastique au symbole 1, appartient à la famille des polyesters. C’est pourquoi on peut fabriquer des vêtements en polyester en plastique ou polyester recyclé. Sachez qu’il est également possible de trouver des vêtements en laine recyclée.

 

Un mot sur les teintures

La majorité des vêtements sont élaborés avec des teintures chimiques, contenant des métaux lourds, du formaldéhyde ou encore du chlore. Autant de substances qui sont rejetées dans l’environnement et sont nuisibles pour la santé. Il en va de même pour le tannage des cuirs. Certaines marques, comme Ekyog, font le choix d’utiliser des teintures écologiques répondant aux normes Oeko-Tex® (sans allergènes, sans colorants azoïques responsables de cancers, sans pesticides etc.) et du tannage végétal.

Voilà, vous savez tout sur les fibres textiles ! Où cela nous laisse-t-il ? Faut-il donc renouveler entièrement sa garde robe pour qu’elle soit écologique ? Bien sûr que non ! Il faut y aller progressivement, en choisissant prenant en compte ce référentiel de matières lors de vos prochains achats. De plus, la matière n’est pas le seul critère de choix, nous y viendrons la semaine prochaine :). Par ailleurs, trier sa garde robe est un processus personnel dont je parlerai prochainement.

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Pour aller plus loin

Sur Antigone XXI : Chaud, éthique et écolo : yes we can Touche pas à ma laine
Sur Happy New Green : Quelles matières choisir ?
Sur Échos Verts : Diagnostic eco-éthique des textiles : le chanvre

***

Et toi, quelles sont tes matières préférées ?

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