Qu’est-ce que la symptothermie ? Interview de Pryska

En ce moment plus que jamais, la question de la contraception est au cœur des débats. La pilule a mauvaise presse, ainsi que les méthodes de contraception hormonales en général. Comment se protéger plus naturellement ? Préservatif, stérilet au cuivre et diaphragme sont des méthodes barrière fréquemment utilisées. Il existe également une méthode de suivi de fertilité au naturel : la symptothermie. Pryska, conseillère en symptothermie a répondu à mes questions !

L’année dernière, je vous écrivais tout un article sur comment gérer sa féminité au naturel et je vous parlais rapidement de cette méthode au nom bizarre, la Symptothermie. Cela fait à présent près de 18 mois que je m’initie à cette méthode, même si je ne l’utilise pas encore en tant que méthode contraceptive (je suis une grande flippée d’un potentiel accident !), je la trouve particulièrement intéressante pour découvrir son corps, ses cycles et pourquoi pas un jour vraiment sauter le pas. Par exemple, une chose toute bête mais à 30 ans je ne savais pas qu’une femme n’étais fertile qu’environ 10 jours par cycle. Cela m’a fait réfléchir sur le principe d’avoir une protection tout le temps alors que la plupart du temps elle ne serait pas nécessaire…

Parlons peu, parlons bien, voici tout de suite plus d’infos sur cette fameuse méthode !

 

Pryska, peux-tu nous expliquer ce qu’est la symptothermie ?

La symptothermie est une méthode à la portée de toutes les femmes. Il s’agit d’observer plusieurs signes de fertilité (glaire cervicale, ressenti interne) et de prendre sa température au réveil. On arrive alors à distinguer les trois phases du cycle avec une grande précision : la période pré-ovulatoire et ovulatoire fertile (utilisation du préservatif ou abstinence), la période post-ovulatoire infertile (plus besoin du préservatif), puis la période des règles, normalement infertile.

La symptothermie permet une distinction capitale entre les règles et les saignements inter-menstruels (fausses règles, fertiles) : si l’ovulation s’est bien produite avant les saignements, il s’agit alors bien de règles, la femme peut donc bénéficier d’une phase infertile pré-ovulatoire. Cette phase dure généralement 5 jours à compter du premier jour des règles, mais c’est à bien redéfinir individuellement durant la phase d’apprentissage. Bien repérer les signes de fertilité et d’infertilité peut paraître un peu difficile au début, mais cela vient rapidement en faisant plusieurs fois la roue…

Il faut compter six cycles en moyenne pour devenir autonome. La sympto, c’est comme le permis de conduire, un temps d’apprentissage est nécessaire, une monitrice est aussi vivement recommandée !

 

Quelle est la différence avec d’autres techniques, comme la méthode Billings ou les autres applications de suivi de cycle ?

Ce qui caractérise la symptothermie, c’est le double contrôle (glaire+température) auquel s’ajoute un jour de sécurité appelé jour Döring-Rötzer. Ces critères n’existent pas dans la méthode Billings (glaire cervicale uniquement) ou d’autres méthodes se basant uniquement sur la température (certains moniteurs de fertilité notamment). À chacune de choisir la méthode qui lui convient, sachant que les taux de fiabilité ne sont pas égaux…  Du côté des applications mobiles, il convient également de bien regarder la méthode utilisée. La majorité des applications ne sont pas très transparentes à ce sujet, certaines recyclent notamment la vieille méthode Ogino, c’est-à-dire un simple calcul basé sur la durée des cycles, sans aucune observation. Il n’y a alors aucun progrès en matière de sécurité contraceptive ou de connaissance de son cycle.

Exemple de cyclogramme, extrait du manuel la symptothermie complète

 

Quelle est la fiabilité de cette méthode et pourquoi s’y intéresser ?

La symptothermie est la méthode qui présente le meilleur taux de fiabilité si elle est appliquée correctement avec un indice de Pearl de 0,4 % (pourcentage de femmes qui tombent enceinte dans l’année) . Outre sa grande sécurité contraceptive, la symptothermie présente de nombreux avantages pour l’utilisatrice : au fur et à mesure de la pratique, le nombre d’observations est de moins en moins important. Il suffit alors de s’observer pendant une dizaine de jours sur un cycle maximum. Autre avantage, une connaissance profonde de son cycle, qui procure à la femme une grande confiance en elle et une totale autonomie pour gérer sa fertilité. Enfin, c’est un outil de prévention remarquable, qui permet de déceler des dysfonctionnements dans le cycle, un déséquilibre hormonal ou une cause potentielle d’infertilité.

Par l’observation, la femme peut aussi arriver à auto-réguler son cycle ! Elle peut également présenter ses cyclogrammes à son gynéco ou son médecin, qui sera d’abord surpris puis ravi de disposer d’une telle aide au diagnostic. Ce que les couples apprécient également, c’est le partage de la responsabilité et l’implication possible de l’homme, fait unique dans l’histoire de la contraception ! La symptothermie est donc bien plus qu’une contraception ou méthode de conception naturelle. Il est question d’éducation, de responsabilisation, d’émancipation, de prévention santé et de communication dans le couple.


Pour celles que ça intéresse : Comment s’y mettre ?

Chaque femme peut commencer la symptothermie dès l’arrêt de la contraception hormonale. Il suffit de s’équiper d’un bon thermomètre à deux décimales et de commencer à observer la glaire cervicale. La pratique de la symptothermie est également possible sous stérilet au cuivre, même si les observations de la glaire peuvent s’avérer plus difficiles. Il existe plusieurs écoles de symptothermie en France : Symptotherm (laïque), Sensiplan, le Cler (sans le jour de Döring-Rötzer). Les deux dernières préconisent plutôt une pratique sur cyclogramme papier, même si le Cler propose aussi l’outil Daphra.

Du côté de la fondation SymptoTherm, dont je fais partie, un gros travail a été entrepris pour moderniser la méthode et la rendre accessible sur support numérique (web et appli), quels que soient les moyens financiers. Une débutante peut commencer par télécharger le manuel numérique en accès libre de la fondation. Ensuite, elle peut se faire accompagner par une conseillère, à distance ou en cabinet. Il existe aussi un groupe d’entraide merveilleux sur Facebook, « Symptotermie », fort de près de 8000 femmes.

L’appli mobile sympto, le didactitiel de la fondation SymptoTherm, possède une fiabililité exemplaire. Elle a été classée numéro 1 des applis symptothermiques par une étude américaine de juillet 2016. Les femmes et les couples ont donc aujourd’hui tous les moyens à leur disposition pour faire ce grand saut dans la gestion écologique de leur fertilité !

Un petit ajout pour les utilisatrices de préservatifs : si vous recherchez une super marque qui fait des préservatifs véganes (sans caséine, une protéine de lait) et sans parabens, je vous invite à jeter un œil à Green Condom Club. C’est une marque suisse qui est intransigeante sur la composition des préservatifs, parce qu’en fait il n’y a aucune obligation pour les marques et les usines de fabrication de communiquer sur la composition de leurs produits. Un peu comme pour les tampons quoi… c’est pas comme si on mettait tout ça sur et dans nos parties génitales !

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Et toi, quelle est ton choix de contraception ?

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