Que retenir de la COP21 ?

Récemment de retour à la capitale, j’attendais l’évènement de la COP21 avec impatience. Pas parce que je m’attendais à un changement bouleversant, mais parce que j’allais participer à l’animation d’un stand et découvrir tout plein d’initiatives positives ! Mission accomplie ;).

 

L’accord

Commençons par la fin! Déjà, un accord a été signé le 12 Décembre par les 195 pays présents à la COP21 + l’Union Européenne. Un accord qualifié d’universel et d’historique.

Pour résumer, cet accord établit un objectif de limitation du réchauffement climatique à 2°C, avec des efforts à réaliser pour rester en dessous de 1,5°C à la demande des pays les plus vulnérables au réchauffement (notamment les petits états insulaires menacés par la montée du niveau des mers). Pour information, la température moyenne annuelle a déjà augmenté de 0,85°C depuis 1800, et pourrait atteindre les 5°C d’ici 2100 si on ne fait rien.

L’accord reconnait que les pays développés doivent jouer un rôle moteur en matières de réduction d’émissions, en mettant en avant la différenciation dans la responsabilité entre pays industrialisés, en développement et moins avancés (dont insulaires), et le financement pour aider les pays les plus pauvres.

Alors, on se réjouit ou pas ? Bon honnêtement, certes c’est déjà une grande prouesse d’avoir réussi à mettre d’accord autant de pays sur un objectif plus ambitieux d’aller vers 1,5°C, qui constitue un seuil critique. Mais à lire l’accord, on se rend compte qu’on parle beaucoup de la forme et moins du fond. Aucune référence n’est faite aux énergies renouvelables ou à des objectifs chiffrés de réduction de gaz à effet de serre. L’accord n’est pas très concret en matière d’objectifs et fixe plutôt un agenda, obligeant les États à revoir leur ambitions régulièrement après 2020.

-> Lire l’accord complet

 

Parmi les signataires, 186 pays ont annoncé leur contribution pour réduire leurs émissions, mais qui nous laisserait plutôt sur une trajectoire de +3%, car aller vers les 1,5°C supposerait de procéder à la décarbonisation totale de l’économie mondiale d’ici à 2050.

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Source de l’image

 

Selon le Guardian, “Par rapport à ce que cet accord aurait pu être, cet accord est un miracle. Par rapport à ce que cet accord aurait dû être, c’est un désastre”.

Cela étant dit, selon moi il faut le prendre comme un point de départ et continuer d’agir à notre échelle. Et à voir la mobilisation qui a eut lieu tout autour de cet événement, je m’en sens grandement encouragé e!

Car il est vrai qu’on peut être déçu du manque d’action au niveau de nos états, mais au final, nous devrons modifier nos comportements quoi qu’il en soit. Et pour moi le changement sera d’autant plus fort et durable s’il est porté par les citoyens, qui de eux-mêmes veulent changer sans attendre d’y être poussés.

 

Générations Climat

Pendant les deux semaines de la COP21, j’ai eu le plaisir de participer au stand de l’association de protection des forêts Envol Vert (que je ne vous présente plus!), présente dans l’espace Générations Climat au Bourget. On avait un super beau stand qui a attiré pas mal de monde, et cela m’a fait un bien fou de retrouver l’équipe ainsi que de faire la connaissance des nouveaux !

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Sans oublier que cela m’a permis d’être au cœur de l’évènement: espace des populations autochtones, conférences, projections, il y avait une belle effusion. De part ma présence sur le stand, mon seul regret est de ne pas avoir pu voir plus de conférences !

J’ai néanmoins pu voir celle animée par Planète Amazone, en présence des célèbres Paul Watson, président de l’association Sea Sheperd, et chef Raoni, du peuple Kayapo au Brésil, mais aussi de Valérie Cabanes, de End Ecocide. Une conférence mettant en avant l’urgence de prendre des mesures concrètes pour soulager nos deux poumons : la forêt et les océans.

Selon Paul Watson, il est urgent que les êtres humains cessent de se comporter comme l’équipage de la planète et reprennent leur place de passagers aux côtés des autres espèces. Pour aider les océans, il est impératif de mettre fin aux subventions des opérations industrielles de pêche qui vident les océans (sachant qu’à ce rythme nous n’aurons plus rien à pêcher en 2048), et celle de changer nos régimes alimentaires car il n’est pas soutenable d’avoir plus de chasseurs que de proies et qu’il n’y a pas de place pour 7 milliards de mangeurs de viande/poisson. Bref, arrêter de se prendre pour le centre de la création !

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J’ai aussi beaucoup aimé les paroles de Valérie Cabanes. Pour ceux qui ne connaissent pas, End Ecocide est une organisation qui cherche à faire reconnaître le crime d’écocide par le droit pénal international, c’est à dire l’atteinte grave et durable aux écosystèmes et aux services qu’ils nous rendent. Pour elle, il est indispensable de reconnaitre des droits d’exister au vivant et notre lien avec la nature, car sans elle nous ne pouvons vivre. Elle reprend l’idée que tout ce que nous construisons tourne autour de notre nombril et que nous avons détruit notre lien spirituel et sacré avec le vivant, en oubliant que nous sommes un maillon de ce vivant.

Les deux intervenants ont noté l’importance d’être à l’écoute des peuples indigènes, qui ont conservé ce lien sacré. Le chef Raoni était d’ailleurs là pour témoigner de l’importance de ces peuples qui sont trop souvent expropriés et massacrés au profit de l’expansion commerciale et économique, comme l’a montré le récent témoignage de Valdelice Veron, porte parole du peuple Guarani-Kaiowa au Brésil.

 

Pour l’instant critique, mon bémol sur l’espace est qu’il y aurait pu y avoir un réel effort en matière de gestion des déchets. Restauration rapide avec sacs en papier et boîtes en plastique, poubelles de tri aux explications floues, badges en plastique et verres consignés aux couleurs et dates de l’évènement (comment vont-ils être réutilisés?), bref, les organisateurs auraient pu faire mieux. Mais bon, c’est parce que je suis un peu déglingo sur les déchets moi ;).

 

Des solutions en images

La COP21, c’était aussi l’occasion de montrer les solutions portées par les citoyens aux quatre coins du monde.

J’ai eu la chance d’aller à l’avant première du film « DEMAIN », de Cyril Dion et Mélanie Laurent, le 1er Décembre. Une belle façon d’inaugurer la COP21 !

Ce film m’a transporté et m’a donné un réel espoir sur les possibilités qui nous sont offertes. Mais surtout, j’ai été émue et encouragée de voir tant de gens qui se retroussent les manches pour prendre leur avenir en main. J’ai notamment beaucoup aimé l’intervention de Rob Hopkins, qui nous dit que les hommes sont très bons pour imaginer leur extinction mais beaucoup moins pour imaginer leurs moyens de survie! Et il y en a tellement !

Ce que j’ai aimé du film c’est qu’il propose une vision économiquement soutenable qui sort du cliché “écolo-hippie” qu’on se fait souvent. Non, être écolo n’est pas chiant! D’ailleurs, j’aime même pas ce mot “écolo”, car j’aime pas séparer la nature du reste. Tout est lié et nous faisons partie, qu’on le veuille ou non, d’un écosystème. L’écologie ne devrait pas être à part, mais partie intégrante de tout le reste. Et puis cela va au-delà de protéger la nature. C’est donner les moyens à notre espèce de survivre, en respectant le reste du vivant.

Les deux dimanches durant les discussions, je suis allée à des projections de film organisées par Arcadia International Environmental Film Festival, créé par Florent Planas un ancien globetrotter en quête de solutions durables.

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J’ai pu y (re)voir « Les moissons du futur » de Marie-Monique Robin, qui se suivait d’un débat avec l’agronome Marc Dufumier, et le coordinateur du projet “fermes d’avenir”, Maxime de Rostolan.  J’y ai reçu la confirmation que OUI, et mille fois OUI, le bio et l’agroforesterie peuvent nourrir le monde et sont même indispensables pour préserver nos sols et garantir notre sécurité alimentaire.

J’ai aussi vu le documentaire Trashed, sur la gestion des déchets et notamment les avancées de la ville de San Francisco aux États-Unis, que l’on retrouve aussi dans le film « DEMAIN ».

Enfin, j’ai pu assister à la première projection du film « Nouveau Monde », de Yann Richet. Proche de l’idée de « DEMAIN », il est plutôt axé sur l’application des visions de Jeremy Rifkin et sa troisième révolution industrielle, à l’échelle du territoire français cette fois. Pas le même budget et soutien médiatique que « DEMAIN », mais tout aussi intéressant et assez complémentaire !

A l’espace Générations Climats cette fois, j’ai eu la chance de voir la première diffusion d’un épisode de la série « Les Porteurs d’Espoirs », réalisé par Jane et Léa (retrouvez l’interview sur le blog ici), sur la Birmanie. Ce pays, sortant de la dictature, est menacé directement par les problématiques climatiques et l’arrivée du tourisme. C’est pourtant aussi peut-être le futur leader green de l’Asie du Sud Est. De magnifiques images, des témoignages touchants et une vue globale des enjeux pour ce pays.

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Enfin, côté photo, au Grand Palais avait lieu une exposition photo du projet « Climate Heroes », de Maxime Riché, qui met en lumière des personnes comme vous et moi aux quatre coins de la planète, agissant à leur échelle pour sauvegarder leurs ressources. Bûcherons illégaux d’Indonésie reconvertis dans la production durable de café, énergies renouvelables sur une île du Danemark, protecteur des forêts au Cambodge, et de nombreux autres acteurs que vous pouvez découvrir sur le site.

Selon moi, c’était de loin le plus intéressant de ce qui était proposé au Grand Palais, qui était plus axé grosses entreprises. Ceci dit, j’ai bien aimé y découvrir la Recyclerie et les meubles en palettes de Upcycling !

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Droits de la Nature et Droits de l’Homme

Un espace avait été mis à disposition pour des conférences à côté de Gare du Nord: Place to B. Plein de conférences encore, ainsi que des soirées à thème. J’y ai notamment vu une intervention très intéressante au sujet des droits de la nature et des droits de l’homme.

D’ailleurs, les 4 et 5 décembre a eu lieu une édition du Tribunal des droits internationaux de la Nature, organisé notamment par End Ecocide, NatureRights, et la Global Alliance for the Rights of Nature, pour juger des grands crimes actuels contre l’environnement aux regards croisés du droit de la nature et des crimes environnementaux, comme le cas des barrages au Brésil avec la présente du Chef Raoni. À consulter par ici.

Ce qui m’amène subtilement à vous parler rapidement d’une campagne sur laquelle j’ai travaillé avec Envol Vert durant la COP21. Il s’agit du projet de Canal au Nicaragua, qui vise à traverser le sud du pays sur près de 280km de long pour entre 230 et 520 mètres de large et atteignant les 30 mètres de profondeur, avec les impacts sur les populations et l’environnement que vous pouvez vous imaginer.

Le Nicaragua, qui fait partie des pays n’ayant PAS voulu présenter ses contributions à la COP21 sous prétexte que les objectifs n’étaient pas assez ambitieux, a d’autre part présenté le projet comme moyen de réduction d’émissions de CO2, même si les études environnementales et sociales démontrent que la construction du canal et sa mise en service provoqueraient des émissions de CO2 et gaz à effets de serre bien plus grands.
Et étant donné que la France a exprimé vouloir faire participer les entreprises françaises à la construction du canal, nous avons lancé une pétition que je vous invite à signer et partager au plus grand nombre !

 

Mobilisation citoyenne

Et enfin, la COP21 c’était aussi une forte mobilisation des citoyens. Après une pseudo marche interdite pour le climat qui s’est transformée en manifestation puis en arrestations musclées le 29 Novembre dernier (je vous avais dit que j’irai…), il y a eu de belles actions comme la peinture soleil de Greenpeace à la place de l’étoile, la fresque humaine « 100% Renewable » face à la tour Eiffel le 6 décembre, le message géolocalisé « Climate Justice for Peace » le dernier jour des négociations, rassemblant plus de 3 000 personnes, ou encore les militants sur les Champs Élysées rappelant la nécessité de mettre fin aux énergies fossiles.

-©-Yann-Arthus-Bertrand-

© Yann Arthus-Bertrand / Spectral Q

 

Qu’est ce qu’il y a a retenir donc ? Une unité mondiale encore jamais vue sur la problématique du climat, même si c’est encore trop timide, et une société civile plus mobilisée que jamais ! On lâche rien 😉

 

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Soyons certains que chaque action compte !

Et toi, as-tu suivi les COP21 ?

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