{Défi Créa} Interview d’une artiste mexicaine

Pour ouvrir le bal de mon défi de créativité, je tenais à donner la parole à une amie mexicaine que j’ai rencontré ici il y a quelques mois. Valeria est une artiste spécialisée dans le recyclage. Papier, canettes, bobines de film sont ses meilleures alliées et le résultat est fascinant. De quoi réconcilier écologie avec esthétique..

 

Ce petit bout de femme arrivée tout droit de San Luis, ville au cœur du Mexique, a posé ses valises il y a quelques mois à Cozumel. Ses créations ont tout de suite plu à la chasseuse de déchets que je suis !

Valé partage volontiers ses techniques et ses idées, convaincue que l’art est accessible à tous. C’est une belle source d’inspiration pour moi, donc je tenais à vous présenter sa marque, ses créations, sa vision de l’art et ses conseils pour créer.

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Ma première interview en espagnol, traduite spécialement pour vous 🙂

Comment as-tu décidé de devenir une artiste spécialisée dans le recyclage ?

L’art a toujours fait partie de moi. J’ai toujours aimé créer des choses, mais je ne me focalisais sur rien en particulier, cela tenait plus du hobbie. Il y a deux ans j’ai décidé que je voulais vivre de ça, car je ne voulais travailler pour personne. Mon entourage aimait beaucoup mes créations et n’arrêtait pas de me dire que je pourrais les vendre.

En discutant avec un ami, j’ai compris que je devais trouver un concept si je voulais vendre mon art. J’ai réfléchis à ce que je pouvais apporter et le recyclage m’est venu à l’esprit car cela apporte quelque chose pour la planète et pour les gens avec des choses simples. Les déchets sont bien nobles, si tu leur donnes un usage ils te répondent super bien !

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Je voulais trouver des techniques pour faire quelque chose de qualité, pas juste prendre un bouteille, y coller deux trois trucs et voilà.

Je n’aime pas quand ça se voit que ce sont des déchets

J’ai commencé à faire des carnets avec le bois d’une étagère brisée, un meuble à partir d’une guitare cassée…

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C’est lorsque j’ai eu l’opportunité de vendre mes créations que cela m’a poussé à créer ma marque et à concrétiser mon projet: terminer mes créations, les photographier, créer une page web et trouver un nom.
Je cherchais quelque chose qui fasse raisonner mon goût pour le recyclage, et j’ai fini par choisir « Kuklov« , venant du grec kuklos qui signifie cycle, et love qui est explicite !

 

Quelles matières utilises-tu et quels objets crées-tu avec? Où trouves tu ton inspiration créer de telles pièces ?

On peut tout utiliser ! Le truc c’est de choisir un matériau en fonction de la qualité que l’on veut donner pour créer quelque chose de durable. La technique joue aussi beaucoup dans la qualité de la création. Je le vois comme ça : c’est la matière qui te dicte comme l’utiliser. Il faut chercher un peu comment jouer avec et ce qu’on peut en sortir: de la souplesse, de la résistance, de la rigidité etc.

Par exemple, en tirant sur le film de cassettes vidéo, j’ai vu qu’on pouvait en faire du fil, dont je me sers pour faire des rideaux par exemple. J’ai aussi essayé d’utiliser le film pour faire un tapis, mais la matière n’était pas assez solide pour cette utilisation, alors j’ai retransformé tout ça pour en faire des portes verres, dessous de plats et des sacs.

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J’utilise aussi beaucoup de carton, de papier et de papier journal, avec des techniques de roulement de papier trouvées sur Internet lorsque je cherchais à créer des cadres. Il y a plein de techniques différentes et en les voyant je me suis demandé ce que cela pourrait donner si je le déclinais en plus petit ou plus grand, si je jouais avec les formes etc.

Chaque pièce me dit comment elle veut être faite

Je me sers du papier pour beaucoup choses : des cadres pour horloge et miroirs, des plats, des bols, des plats à tortillas, des rideaux, des lampes…

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J’avais vu une technique pour faire des boucles d’oreilles et j’ai voulu en faire plein et de couleurs différentes pour ensuite les utiliser pour faire un rideau. J’avais vu des modèles avec des capsules de bouteilles mais on voit que ce sont des « déchets », cela ne me plaisait pas alors j’ai utilisé ces pièces en papier.

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Pour mes lampes en languettes de canettes, j’avais vu un modèle de cylindre sur le web, et j’ai développé la technique pour faire quelque chose de plus grand. De là me sont venues des idées pour modifier les formes.

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Je n’ai pas encore tout exploré, toute matière est intéressante mais je préfère terminer ce que j’ai déjà commencé pour ne pas trop me disperser, cela me demande déjà beaucoup de travail !

 

Tu passes beaucoup de temps à créer les pièces que tu vas ensuite assembler. Tu ne t’ennuies jamais ?

Chaque partie du processus me plait. De plus, cela te fait travailler la patience, la discipline et à faire les choses bien. Il y a des jours où je ne veux pas faire des rouleaux de papier car j’en fait énormément! Mais de voir l’objet non terminé me motive à me discipliner.

Également, cela m’aide beaucoup à la résolution de problèmes et à développer mes connaissances. Par exemple, je ne connaissais rien à l’électricité et créer des lampes m’a permis d’apprendre.

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L’art est ma guérison. Pour moi, l’art qui n’apaise pas ou ne se partage pas, ce n’est pas de l’art.

El arte que no sana no es arte

 

Justement, cela ne t’embête pas de partager tes techniques et tes modèles avec nous ?

Au contraire, c’est ça le concept. Toi aussi tu peux le faire, tout le monde peut créer. Et l’art, ça se partage. Si personne n’avait partagé ces techniques, moi non plus je ne saurais pas le faire.

Et il ne faut pas se bloquer parce qu’on ne sait pas faire. Moi, je ne me limite pas. Je ne sais pas dessiner ? Et bien je calque et je fais jouer mon imagination pour composer une image et lui donner de la couleur, car j’aime peindre.

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Ce qui fait la différence d’un objet, c’est ton imagination et les détails que tu vas lui donner. Le détail, c’est la base !

 

Voici quelques exemples de pièces en papier que Vale utilise, et que j’ai moi-même testées. Chaque pièce est recouverte de résine puis peinte pour un résultat bluffant, nous faisant oublier qu’il s’agit de papier.

* Des rouleaux de papier journal, enroulés à l’aide d’un cure dent ou petit bâton en partant de la base gauche et en roulant de manière oblique. Un point de colle en haut suffit à faire tenir. Elle les assemble ensuite deux à deux avec un point de colle, puis tous ensemble pour ensuite les rouler sur eux mêmes et faire des disques.

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* Des pièces ovales à partir de triangles de papier blanc format A4 en utilisant des bases variant de 1,5 à 3 cm. Elle en superpose deux et les roule depuis la base à l’aide d’un cure dent, en faisant attention que cela reste symétrique. On peut les utiliser pour des bijoux.

 

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* Des bâtons en papier roulés sur la longueur à l’aide d’un bâtonnet plus épais. Elle s’en sert beaucoup pour ses cadres.

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En tout cas, j’ai beaucoup appris de cette fille dont les conseils sont précieux dans mes premiers pas un peu maladroits dans le monde créatif.

Ce que j’en retiens : tout le monde peut le faire, il faut essayer et jouer avec les matières, ne pas avoir peur de rater (c’est normal), que les premiers résultats soient moches (c’est aussi normal), laisser s’exprimer son imagination et ne pas se limiter !

 

Vous pouvez jeter un œil à sa page facebook pour voir d’autres images de ses créations.

Note : Toutes les photos de cet article sont la propriété de Valeria.

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Notre société crée pour jeter, maintenant créons avec les déchets !

Et toi, que penses-tu de ses créations et as-tu déjà exploré ton âme artistique ?

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