En route avec aile : Le Tour du Monde Zéro Carbone d’Olivier

A 28 ans, Olivier Peyre, originaire de Poisat (Isère, 38), décide de s’embarquer dans une aventure extraordinaire : faire le tour du monde de façon décarbonée, et avec un budget de 5 euros par jour !

Pour y parvenir, il traversera les terres en vélo, les mers en voilier-stop, et grimpera les montagnes pour y voler avec son parapente embarqué! Récemment de retour, Olivier a accepté de répondre à mes questions par téléphone sur son incroyable périple !

“En route avec Aile”, le petit nom attribué à cette expédition, c’est plus de 100 000 km parcourus, dont 65 000 à vélo et 40 000 en voilier !! Un voyage qui devait durer 4 ans dans les Amériques, l’Océanie et l’Eurasie, et qui s’est étendu à plus de 7 ans et demi pour avoir décidé de voyager 4 ans dans les îles du pacifique.

Sans plus attendre, Olivier vous embarque dans ses souvenirs…

 

Tout d’abord, qu’est-ce qui a motivé cette envie de partir voyager le monde, et avec des moyens de transports décarbonés ?

En fait, la genèse du voyage remonte au départ de mon grand frère qui a traversé la France à vélo quand il avait 15 ans (j’en avais 13). Ça m’a ouvert une porte du possible de le voir traverser tout un pays avec sa maison sur son vélo. Deux ans plus tard, j’ai lu un livre sur le tour du monde à vélo et je me suis rendu compte qu’avec du temps on pouvait aller très loin avec un vélo, et c’est de là que j’ai commencé à penser à ce tour du monde sur un an.

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Pendant les treize années qui ont suivies, est venue l’idée du voilier-stop. Je me suis dit que c’était plus cohérent que de prendre l’avion, et que ça permettait de faire la jonction entre les pays plutôt que de faire des sauts dans une sorte de porte des étoiles qui me transporte d’un bout à l’autre du monde. Je voulais aussi utiliser mes jambes et le vent, et ne pas me faire pousser par un moteur, qui pour moi tue un peu l’idée de l’effort que je voulais faire pour traverser les continents. Le vélo et le voilier me sont apparus comme des moyens de transport nobles pour prendre la pleine mesure de ce tour du monde.

Pendant cette période je me suis également mis au parapente, et étant donné que l’idée du voyage était passée de 1 à 4 ans, je me voyais mal me couper les ailes pendant cette durée. J’ai donc regardé si je pourrais en louer, voire emporter du matériel avec moi et j’ai vu qu’il était possible de prendre des ailes ultralite pour un total de 5 kilos !

Et enfin, c’est en lisant “Latitude Zéro” de Mike Horn sur son tour de l’équateur de façon puriste que s’est déclanchée la volonté de faire ce voyage de manière pure, en zéro carbone.

 

Zéro carbone pendant 7 ans, ça fait longtemps! J’imagine que cela n’a pas été facile tous les jours, y a-t-il eu de gros moments de galère, ou des jours où tu as eu envie de rentrer ?

Il faut mettre une certaine énergie pour atteindre 90% de l’objectif, mais cela en demande autant pour accomplir les 10% restants! Il y a bien des moments il aurait suffit de faire quelques kilomètres en ferry, ce qui ne m’aurait pas coûté très cher, mais ma détermination me poussait à prendre un voilier. Forcément, ça prend plus temps. Disons que 99% de la ligne du trajet a été fait avec les moyens vélo,  voilier, et même un peu en parapente et vélo-kite donc c’est mission accomplie !

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Néanmoins je me suis accordé deux exceptions :

Le voilier stop est le seul moyen pour traverser les océans de manière non motorisée et avec un budget réduit mais on reste tout de même à la merci du capitaine qui a un moment dit va mettre le moteur en route car il n’y a pas de vent. Au final, c’est environ 1/3 des 40 000 km en voilier qui a été fait au moteur.

Je me suis permis de quitter la ligne à certains points pour faire des allers-retours en motorisé. De façon épisodique, il m’est arrivé de prendre un métro, un taxi groupé ou un bus pour quelques kilomètres. A mi chemin du voyage, je suis également rentré en avion pour le mariage de ma sœur. J’ai pensé à ne pas y aller, mais il y a un moment où on atteint un “plancher de verre”, quand se pose le choix avec tes proches de cesser ou continuer une relation à cause de ta démarche. Il y a deux ans, j’ai de nouveau eu envie de rentrer après plusieurs événements personnels. J’étais en Asie et il me restait 2 ans de voyage. Je me suis dit que c’était long de tout faire à vélo et qu’au final je n’allais pas sauver le monde avec ça, donc j’ai remis le voyage en cause et j’ai pensé à arrêter. Mais je m’étais battu pour ça et ça m’a motivé à aller jusqu’au bout de la démarche, même si j’ai décidé d’accélérer le retour.

 

Comment ça marche le voilier-stop ?

Déjà, il faut savoir qu’il y a seulement certaines périodes dans l’année où les voiliers vont d’un point à l’autre. Il y a deux grand axes que j’ai utilisés : des Canaries vers les Antilles et/ou le Brésil (d’Octobre à Décembre), et du Panama vers les îles du Pacifique et Singapour (de Février à Avril). Les trajets se font vers l’Ouest et non vers l’Est ! J’ai dû revoir tout mon trajet avant le départ car j’avais initialement prévu d’aller vers l’Est quand on m’a dit qu’en voilier, ça ne marchait pas comme ça !

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On peut postuler à des postes d’équipier sur Internet, mais ça suppose de prévoir et souvent il faut participer aux frais de bord (environ 10 euros par jour). L’avantage d’aller directement au port, c’est qu’on est plus flexible et cela favorise la rencontre. Les gens sont heureux de trouver un équipier avec qui partager les quarts de nuit, ça leur laisse plus de temps pour dormir! Et un professionnel cela peut revenir cher alors que moi je ne demandais qu’à recevoir de la nourriture, et j’étais parfois disposé à la payer.

Trouver un voilier est très variable, le plus rapide a été trouvé en 2 minutes, dans les îles Tonga, et les plus long a pris deux mois, au Panama et à Darwin. C’est une expérience avec ses moments de galères tout de même, principalement lié au côté humain. On ne tombe pas toujours sur un équipage sympa !

 

Qu’est ce qui t’a particulièrement marqué au cours de ce voyage ?

Le voyage m’a apporté beaucoup de choses, que ce soit sur les rapports humains, la vision du monde, ou la réalisation que tout est possible !

Au Vanuatu, j’ai vu ce qu’était une société qui vivait dans la nature, où les gens construisent leur maison en quelques jours, où on cueille les fruits aux arbres, et où souvent il n’y a pas de routes goudronnées mais des chemins. Seules trois voitures circulent et les édifices sont remplacés par les arbres. Très loin de notre société à nous, mais tellement agréable !

J’ai également un constat très positif sur l’humain, car j’ai remarqué que s’il fallait toujours aux gens une bonne raison pour être désagréable, il ne leur en fallait aucune pour être agréable et pour aider, que ce soit en Asie, en Amérique Latine ou ailleurs.

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D’autre part, le fait de transporter ma maison à vélo (au total 60kg et 4 sacoches) m’a appris à me passer d’objets et à faire un choix réfléchi et conscient avant d’acheter quelque chose, car j’ai réalisé tous les désavantages d’acquérir un objet lourd, pesant et volumineux. Dans la même idée, j’ai constaté que le corps s’adapte à tout et j’ai appris à être confortable dans des conditions parfois extrêmes (tempêtes, froid, pistes enneigées), moyennant une bonne protection !

J’ai aussi une vision différente sur le tourisme. Les gens font souvent l’amalgame entre le voyage et le fait d’aller voir une destination, alors que dans mon cas la destination (i.e la ligne d’arrivée située chez mes parents) c’était le chemin et non une accumulation de choses “à voir”.

Enfin, j’ai compris qu’il y avait une limite à sa volonté d’accomplir un rêve, du fait de certains compromis que j’ai dû faire. Je sais à présent ce que c’est de faire quelque chose d’engagé, de physique et d’ambitieux dans le temps, de façon totalement décarbonée: Que c’est possible mais j’en connais également les difficultés, dont j’ai pu tirer des leçons !

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La question classique posée au voyageurs: financièrement comment tu as fait ?

J’avais un budget prévisionnel de 10 euros par jour pour 4 ans, et au final, j’ai dépensé environ 5 euros par jour! De ma poche j’ai donc dépensé 20 000 euros, dont 6 000 euros d’investissement au départ pour l’achat du matériel (dont le vélo). J’ai bénéficié de quelques sponsors pour le matériel de parapente, que j’ai mis plusieurs mois à obtenir. D’ailleurs je tiens encore à remercier Ozone, Pégase et Particules, Verspieren, Sup’air, Runbo, Porcher, Kortel, Wingshop, Brunton, Camsports, Rip’air et Le bipbip pour leur soutien.

14 000 euros en 7 ans, cela revient à 2 000 euros par an, sachant que ¼ de ce montant était dédié à l’assurance santé et que les dépenses pour le renouvellement de matériel sur la route est inclus.

Le plus gros des dépenses reste la nourriture, mais je m’en suis bien sorti, même dans des pays comme l’Australie et la Nouvelle Zélande où je récupérais les invendus des supermarchés, je n’ai manqué de rien !

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En ce qui concerne le logement, j’ai dû dépenser 100 à 200 euros maximum pour des hôtels et campings. Je voyageais avec une bonne tente, d’où l’importance d’avoir du matériel de qualité pour pouvoir être autonome. D’ailleurs, la règle c’était que pour être autonome je devais être éthique, c’est à dire de ne pas inclure les dons que les gens pourraient faire dans le budget prévisionnel. J’ai eu énormément d’invitations, les gens m’ont beaucoup porté. J’ai dû passer environ 1/3 de mes nuits chez les gens, et je me tâchais de toujours apporter quelque chose. J’ai dépensé moins que prévu car je ne pensais pas être autant aidé. J’ai vécu la sobriété économique jusqu’à un point qu’on pourrait qualifier d’extrême !

Au final, il n’y a qu’en Nouvelle Calédonie que j’ai dépensé plus (10 euros par jour pendant 16 mois), mais j’avais un travail et un appartement.

 

Comment vis-tu le retour aux sources, et y a-t-il un message que tu souhaiterais faire passer à travers ton vécu ?

Cela ne fait qu’un mois que je suis rentré donc c’est encore très bouleversé, il y a une collision entre différents univers et j’ai du mal à trouver ma place, c’est certain. Je le vis en me motivant pour écrire un livre pour passer le flambeau de l’inspiration et valoriser ce que j’ai fait, c’est la suite logique de mon expérience. J’aimerais dire aux gens d’oser réaliser leurs rêves, car il y a beaucoup de choses qui sont accessibles et simples !

Ensuite, peut-être un film et des conférences, mais cela reste encore loin !

En route avec Aile – Fly’n’Roll – Zero carbon paragliding world tour by push bike and sailboat 2008 – 2016 from Olivier Peyre on Vimeo.

 

Pour soutenir l’écriture du livre d’Olivier sur l’expédition “En route avec Aile”, je vous invite à contribuer à sa campagne de financement participatif ici !

Crédits photo : Olivier Peyre, En Route Avec Aile

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Tout est possible, on ne le dira jamais assez !

Et toi, quand est-ce que tu embarques dans tes rêves ?

 

 

 

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