Cuisine végétarienne mode d’emploi : Interview de Lili

On entend de plus en plus parler de végétarisme, flexitarisme, et veganisme. Les gens commencent à prendre conscience des conséquences de notre consommation alimentaire actuelle. Mais entre cette prise de conscience et le passage à l’acte, il y a encore des réticences comme le goût et le plaisir d’une alimentation carnée, le sentiment que l’action individuelle ne sert à rien, le manque d’information sur ce que l’on peut manger et sur ce qui est bon ou non pour la santé, l’éloignement entre la production et le produit fini qui atterrit dans nos supermarchés, et j’en passe.

 

Je pense qu’il est important de se poser des questions sur ce que l’on mange, et surtout de garder en tête qu’en tant que consommateur, on a notre mot à dire et que chaque action est utile. Simplement, ce n’est pas évident de changer de régime alimentaire, même une fois la décision prise !

J’ai donc profité de la visite de Lili, du blog Au vert avec Lili, à Montréal pour lui poser quelques questions sur la cuisine végéta*ienne et nous permettre de connaître quelques astuces pour nous, les débutants.

 

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1. Bonjour Lili! Avant d’entrer au cœur du sujet, pourrais-tu nous rappeler la différence entre les différents régimes alimentaires « Végé » ?

Pas de souci, en fait je vais commencer par le régime omnivore pour descendre vers le régime vegan, ce sera plus clair !

L’omnivore mange de tout: de l’animal et du végétal.

Ensuite on a ce qu’on appelle le pesco-végétarien : un omnivore qui ne mange pas de viande, mais garde tout le reste, dont le poisson.

Le végétarien ne mange ni viande, ni poisson, ni mollusques. Tout ce qui est de la chair animale en fait. Théoriquement, donc, il ne mange pas non plus d’insectes ou de produits contenant de la gelatine (comme certains bonbons ou desserts). Il conserve néanmoins les produits laitiers (théoriquement sans “présure”, cet ingrédient issu de boyaux animaux utilisé dans la fabrication de nombreux fromages), les œufs, le miel. On l’appelle aussi ovo-lacto-végétarien.

Un ovo-végétarien est un végétarien qui consomme des œufs mais pas de produits laitiers et un lacto-végétarien, à l’inverse, est un végétarien qui consomme les produits laitiers mais pas les œufs.

Le végétalien, lui, ne consomme aucun produit d’origine animale, y compris le miel et ses dérivés comme la gelée royale.

Et enfin le végane va un peu plus loin en essayant par tous les moyens de ne pas exploiter les animaux que ce soit pour manger, se vêtir, se divertir ou prendre soin de soi (en évitant les produits testés sur les animaux).

cuisine végétarienne humourSource de l’image : getfunny.net

 

2. Ok, ça fait beaucoup à avaler tout ça ! Moi je suis flexitarienne, j’ai un régime de base omnivore mais majoritairement végétarien ! Toi qui connaîs bien la gastronomie végétalienne, que peux-tu dire sur certaines idées reçues que l’on peut avoir sur ce type de régime alimentaire :

Idée reçue #1: Sans produits animaux, un plat n’a pas trop de goût/ d’intérêt

C’est faux, la cuisine végétarienne ou végétalienne est tout sauf fade car on va tout faire pour donner plus de saveur aux plats et donner une texture agréable. C’est un vrai processus créatif, loin de la caricature du hippie qui mange des pousses de soja, il faut dépasser cette image ! Les épices ont une place importante, et on se trouve à manger beaucoup plus varié, en intégrant des graines, des oléagineux (graines et fruits riches en matière grasse comme les noix, les amandes, le tournesol), des fruits secs, des sauces. C’est au contraire une cuisine inventive !

muffins

Muffins sans gluten aux graines

 

Idée reçue #2: Si on ne consomme pas de protéines animales, on va développer des carences

C’est complètement faux ! Les végétaux ont aussi des protéines. D’ailleurs, une personne qui suit un régime végétal consomme 15% de protéines en trop. Je vous laisse imaginer un omnivore !

Les légumineuses (légumes secs comme les fèves, lentilles, pois chiches) sont très riches en protéines, et on peut en associer plusieurs pour un plat riche en protéines végétales. Dans de nombreux pays, le plat “du pauvre” est d’ailleurs composé de légumineuses et de céréales, comme au Mexique où le plat de base est composé de maïs et de haricots.

Ça s’applique aussi au fer (que l’on trouve dans les légumes-feuilles verts comme les salades, les choux et les épinards, les légumes et les légumineuses) et le calcium (dans les brocolis, les oranges, les amandes et les laits végétaux enrichis par exemple). D’ailleurs, le calcium issu des plantes est mieux assimilé par notre organisme qu’un produit laitier.

En fait, seule la vitamine B12 (essentielle au fonctionnement du cerveau, du système nerveux et à la formation du sang) ne peut se trouver dans un régime alimentaire végétalien, et il faut un complément alimentaire. Avant, cette vitamine se trouvait dans les végétaux, mais aujourd’hui les sols se sont appauvris et n’en produisent plus assez. Les animaux ne la synthétisent pas non plus de manière chimique, et leur alimentation en est enrichie, c’est pour ça qu’on la trouve dans la viande !

On médiatise beaucoup le 1% de végéta*iens qui développe des carences, mais on ne parle jamais des 99% qui se portent très bien !

cuisine végétarienne : le guide

 

 

Je conseille à tous les intéressés de lire le guide du végétarien débutant, édité par l’Association Végétarienne de France. C’est une mine d’or concernant tout ce qu’on peut trouver dans les végétaux et comment compenser nos apports journaliers quel que soit notre profil (sportif, jeune, femme enceinte, etc).

 

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Idée reçue #3: A quoi bon modifier mes habitudes alimentaires, la société est ainsi faite ?

Ce n’est absolument pas inutile! C’est le consommateur qui a le pouvoir, car c’est lui qui achète et qui décide. On n’est pas des pions, on a tous le pouvoir de changer les choses. Et par notre action, on arrive souvent à ouvrir les yeux à une autre personne qui décidera de changer elle aussi son comportement !

Autour de moi, beaucoup de personnes ont réduit leur consommation de viande ou ont cessé d’en manger à mon contact. D’ailleurs, si je suis aujourd’hui végétalienne, je le dois en partie à toi, Emma, qui m’a ouvert les yeux sur l’élevage industriel… !

 

3. 🙂 Ça me fait plaisir! Nous voilà rassurés! Et donc quels seraient tes conseils pour les personnes souhaitant s’initier à une cuisine végétarienne ou végétalienne, mais qui ne savent pas par où commencer et qui se posent ces questions ? 

Petit 1: lire le guide ! Vraiment, c’est un bon point de départ pour avoir toutes les notions de nutrition en tête et connaître ce dont le corps à besoin pour fonctionner. On est souvent mal informés à ce sujet.

Petit 2: le plus simple est de commencer en “végétalisant” ses plats préférés. On peut souvent remplacer la viande par des protéines de soja texturées que l’on trouve en magasin bio ou par du seitan (à base de protéine de blé). Vous serez surpris des résultats !

Petit 3: On peut aussi opter pour des plats végétariens au restaurant ou même tester les restaurants végétaliens (il y en a de plus en plus !). Ne croyez pas que végétal = tofu + haricots verts! Encore une fois, c’est plus inventif que ça! Le mot d’ordre c’est de prendre son temps et ne pas se décourager. Il faut y aller petit à petit, et ne pas se limiter. Il faut se faire plaisir.

Je peux aussi vous suggérer de rencontrer d’autres végétariens, de consulter les blogs, ou de participer à un pique-nique végétal, organisé par l’Association Végétarienne de France.

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Tajine Végétarien « express »

 

4. Effectivement, il y a de quoi faire! Et dans sa cuisine, quels sont selon toi les 5 ingrédients indispensables pour cuisiner vegan, et où peut-on se les procurer ?

Le Tofu : ferme pour obtenir des protéines faciles à inclure dans des salades, des tartes salées… et soyeux pour les préparations culinaires comme les mousses et les gâteaux (pour certaines préparations sans œufs).

La Fécule de maïs : pour épaissir ses préparations salées, ses sauces mais aussi pour remplacer les œufs (ajoutée à un peu d’eau dans certains cas, comme les crêpes par exemple). Les gens trouvent qu’il est difficile de remplacer œufs mais il existe plein d’astuces comme celles-ci ou encore la compote de pommes (étonnant mais fabuleux !).

La Crème et le Lait végétal : ils s’utilisent comme du lait (ou crème) classique, avec l’avantage d’avoir beaucoup plus de variété que les produits laitiers (lait d’amande, de noisette, d’avoine, de riz, de châtaigne, d’épeautre, etc.)

La Purée d’oléagineux : notamment la purée d’amande blanche pour remplacer le beurre et obtenir une texture moelleuse, mais aussi les huiles végétales, en oubliant si possible la margarine qui est faite à partir d’huile de palme (personnellement, j’ai ma propre recette de margarine).

Les Épices pour les saveurs, mais aussi leurs vertus (le gingembre pour la digestion, la cardamome pour les défenses immunitaires, etc.)

J’en ajoute un 6ème 😉 : Les Farines pour s’éclater ! Comme pour le lait végétal, il en existe plein! Je privilégie les farines sans gluten, tout simplement parce que quand on devient végéta*ien, on a tendance à compenser avec des recettes à base de blé classique donc de basculer vers trop de gluten (qui aujourd’hui est de bien mauvaise qualité…).

pizza

Pizza sans gluten

On peut trouver tous ces produits en magasin bio, mais aussi dans certaines grandes surfaces qui commencent à commercialiser ces produits face à la demande grandissante.

 

5. Ok, et concrètement, peux-tu nous citer 3 recettes faciles et rapides contenant ces ingrédients ?

Je vais même te faire un menu !

En entrée: Croquettes de patate douce au tofu (vous verrez le pouvoir liant de la fécule de maïs!).

En plat: Tarte tatin de tomates et échalotes.

En dessert: Mousse de fruits à mixer (mangue, banane…).

On peut aussi la jouer plus classique avec des recettes végétales de crêpes, burgers, cookies, mousses au chocolat

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Croquettes de patate douce et tofu

 

6. Miam! Mais d’où te viennent les recettes que tu publies chaque semaine sur ton blog ?

Je les compose selon mes envies et ce qu’il y a dans mon frigo. Mais je suis de plus en plus à l’affût d’idées gourmandes, donc je m’inspire de ce dont j’ai envie, des saisons, et du moment. S’il me reste de la farine de maïs, je vais trouver quelque chose à faire avec. Je suis également les tendances, comme les burgers sans gluten ou le cru.

 

7. Une dernière question, ça doit coûter cher tout ça non ?

En théorie, non. Dans le sens où la viande et le poisson coûtent plus cher que des légumes. Mais dans la pratique, on se rend compte que beaucoup de gens qui deviennent végéta*iens mangent mieux, plus varié, recherchent des produits de qualité et veulent s’éclater ! Changer d’alimentation nous fait prendre conscience de l’importance et de l’influence de la nourriture sur notre santé. Donc on se retrouve à payer un peu plus cher.

Après c’est une question de choix et de priorités. Dans les années 80, la majorité du budget d’un ménage était consacrée à la nourriture. Aujourd’hui, on le diminue pour sortir, s’acheter une télé, voyager, suivre la mode, etc. On a l’impression qu’on n’a pas les moyens.

Pour moi, c’est un investissement pour l’avenir !

Merci beaucoup Lili pour avoir partagé tout ça ici! Ça me motive encore plus de continuer! Un petit mot de la fin ?

Il faut essayer et oser! Et se rappeler qu’un vegan sauve 90 vies par an ! C’est une réelle démarche qui nous permet de devenir plus altruiste, de changer son rapport à la société et devenir actif. Un engagement citoyen au final !

Il ne faut pas s’arrêter aux idées reçues ! Si on diminue sa consommation de produits animaux, c’est bien aussi. Tout est bon à prendre! L’essentiel c’est de prendre conscience que notre comportement a beaucoup d’importance et peut faire la différence! A l’étranger ça se passe très bien, mais en France c’est vrai que le végéta*isme est encore mal accepté. Il ne faut pas s’arrêter au regard des autres.

Et surtout, il faut prendre plaisir à cuisiner autrement !

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Mousse au chocolat Vegan !

 

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Lili est aussi co-fondatrice de la blogothèque Végémiam, qui « répertorie pour vous les meilleures recettes végétariennes et végétaliennes de la toile, grâce aux blogueurs culinaires qui postent entrés, plats et desserts » – Plus de détails ici

Alors on s’y met quand ? 🙂

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