Aujourd’hui est une journée particulière…

Aujourd’hui est une journée particulière. Une journée qui a longtemps été sombre pour moi, marquée par la mort. Une journée qui a été un tournant important dans ma vie. Le 29 Novembre 2002, c’était un peu le premier jour du reste de ma vie. J’ai hésité à venir en parler ici, car c’est assez personnel. Mais j’ai récemment mis le deuil derrière moi et j’avais besoin de rendre hommage à ce qui a profondément changé ma vie.

 

Visiter les enfers

Ce jour-là, alors que j’étais en terminale, je rentrais d’un cours de danse plus tard que prévu. Sur le chemin du retour, il y avait un accident avec un scooter sur le bitume et des voitures de police. Je me souviens avoir eu un pincement au cœur. Je n’aime pas voir des accidents.

C’est quelques heures plus tard que j’apprendrais que je connaissais cette personne. Un coup de fil nocturne m’annonçait la mort de notre ami Rudy. Je me souviens encore m’écrouler par terre en sanglots dans l’incompréhension la plus totale, la tristesse et la rage au ventre.

Ce jour-là, ma vie d’adolescente rêveuse a pris fin. J’ai pris conscience que la vie pouvait se terminer à tout moment, sans crier garde. Pendant plusieurs mois, j’ai ressenti des sentiments contradictoires. Une colère profonde face à l’injustice de la vie et envers la personne qui l’avait renversé parce qu’elle avait trop bu. Un dégoût de la vie et une tristesse insurmontable. Une envie de chérir cette vie que j’avais la chance d’avoir encore et de profiter de chaque moment. Un dégoût de moi-même de m’apitoyer sur mon sort et de déprimer alors que je disais qu’il fallait profiter de cette vie. J’étais trop anéantie pour vivre comme avant. Un cercle très vicieux et dangereux. J’ai eu des idées très noires et mes amis ont commencé à me lâcher, ce qui m’enfonçait dans l’idée que je ne servais à rien et que peut-être je n’étais pas digne de vivre.

Et puis un jour j’ai pris une décision. Je me suis dit: soit tu en finis, soit tu te bouges. Donc je me suis bougée. C’est l’amour qui m’a sauvé. J’étais amoureuse et ça m’a donné une force au plus profond de moi pour me sortir du gouffre et remonter progressivement à la surface. Même si la blessure a pris des années à guérir.

LIFE IS SHORT

 

Le jour qui a tout changé

Je n’avais pas réalisé à quel point cet événement avait conditionné les choix que j’avais fait jusqu’au jour où j’étais en train de déjeuner avec mes collègues en Australie. C’était en 2010. Mon leader nous demandait pourquoi on faisait ce qu’on faisait. A chaque réponse que l’on donnait, il redemandait “oui mais pourquoi” jusqu’à arriver au cœur de ce qui nous anime. J’ai répondu: je fais ce boulot parce que veux de l’argent pour continuer mon voyage, parce que j’aime ça, parce qu’il y a tant de belles choses à découvrir, parce qu’on n’a qu’une vie et qu’il faut pas la gâcher à faire quelque chose qui ne nous rend pas heureux. A ce moment j’ai éclaté en sanglot. J’ai réalisé que faisais ce que je faisais pour honorer la vie qui m’était offerte, alors qu’elle avait été arrachée à certains. Parce que j’avais appris très tôt que la vie était précieuse et qu’on la prenait trop facilement pour acquise.

De là j’ai ensuite poussé l’idée, en cherchant à modifier ce que je pouvais à mon échelle pour contribuer à un monde meilleur. Un monde de vie, de bonheur, de santé et d’abondance. Sauf que je n’avais pas prévu tout ce que j’allais découvrir. Toutes les horreurs dont l’être humain est capable, qui me donnait honte parfois de faire partie de cette espèce. J’ai été prise d’une nouvelle colère, et j’ai flirté avec ce cercle vicieux que je pensais avoir enfoui au fond de moi. Je n’ai pourtant pas perdu le cap. Je m’étais faite une promesse à mon retour de voyage, celle de continuer à suivre mes rêves et me battre pour mes valeurs. Je n’avais seulement pas réalisé que ça allait être aussi dur au début.

 

Se libérer

C’est finalement cette année, 13 ans plus tard, que j’ai réussi à lâcher prise de la colère. Cette année, j’ai ouvert mon cœur à l’amour et laissé partir les douleurs du passé. J’ai décidé de ne plus me les infliger pour justifier mes comportements. J’ai appris à pardonner. J’ai appris ce qu’est la liberté. Rester en accord avec soi-même, suivre ses rêves et garder confiance malgré les souffrances.

Repenser à cette tragédie me rendra toujours triste, mais je n’ai plus de rage. Ou plutôt, j’ai transformé la rage contre la mort en rage pour la vie. Ce jour a constitué la base de qui je suis aujourd’hui, et de pourquoi j’attache tant d’importance à faire de mon mieux. Tout peut s’arrêter n’importe quand, alors pour moi il est primordial de faire ce que j’aime et de profiter des gens que j’aime, pour ne rien regretter.

Au Mexique, on fête les morts au 1er Novembre. El Día de los Muertos est un jour de célébration pour la vie des personnes qui nous ont quitté, et c’est comme ça que je le vois à présent.

Inner peace

 

Aujourd’hui…

Aujourd’hui est une journée particulière. C’est la marche mondiale pour le climat. Malheureusement, elle a été annulée à Paris pour des raisons de sécurité, suite aux attentats qui nous ont touché le 13 Novembre.

La mobilisation ne s’essouffle pas pour autant, et que ce soit virtuellement ou physiquement, je serai présente. Pas par inconscience, mais par conscience au contraire. La problématique du climat est au cœur des conflits du 21ème siècle. C’est la menace de notre vie au profit de quoi ? De qui ?

Je serai présente parce que je ne baisserai pas les bras. Même si cela n’aboutit pas, il faut toujours essayer. Entre subir et agir, c’est tout choisi.

Je serai présente parce que c’est mon Día de los Muertos, où je célèbre l’espoir de la vie et non le repli de la mort.

Et je serai présente pour Toi, qui m’a guidée jusque-là.

 

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