L’après-voyage, ou comment se retrouver une place

Voilà déjà plus d’un an et demi que je suis rentrée du Mexique. Le temps file à une vitesse ! Et dire que mon premier grand voyage, c’était il y a 7 ans, ça me donne la chair de poule ! J’aime bien faire régulièrement des petits bilans sur ma vie post voyage car cela suscite de nombreuses émotions parfois contradictoires…

Le retour de voyage, je vous en ai déjà parlé à plusieurs reprises. Si vous avez suivi mes aventures, vous savez que mon premier retour en 2011 a été assez dur, comme peuvent l’expérimenter de nombreux voyageurs, en rentrant au bercail après des mois ou des années d’aventures.

Puis, mon deuxième retour m’avait semblé plus doux. Plus doux car choisi en conscience et parce c’était l’aboutissement du voyage que j’avais en tête, l’accomplissement d’un morceau de vie dont j’étais pleinement satisfaite. Néanmoins, avec le recul, je crois que la claque a été plus rude que la première, car plus subtile.
Je pensais que tout irait bien puisque j’étais en paix avec l’idée de rentrer chez moi pour une durée indéterminée, avec l’intention de commencer à « construire un peu plus concrètement ma vie ».
Je pensais que tout irait bien parce que j’étais allée au bout d’un rêve et que je pouvais appréhender “le reste de ma vie” avec plus de sérénité, sans regrets.
Je pensais que tout irait bien car j’avais beaucoup travaillé sur moi et que j’avais appris à mieux me connaître.

Malgré tout, cela n’a pas été simple. Je ressentais un pincement au fond de moi, un malaise, une difficulté de retrouver mes repères. Pas seulement avec mes proches, mais aussi et surtout avec moi-même. Un déséquilibre du fait d’un décalage entre une vie de voyageuse et une vie de sédentaire, des envies qui changent, la difficulté de comprendre où était ma place.

Cet article, ça fait un moment qu’il me trotte dans la tête mais je n’avais pas encore bien pris le temps de me poser pour le rédiger. Aussi, je ne me sentais pas tout à fait prête, car j’attendais de sentir le moment où je commencerai à me sentir à ma place, à sentir que “j’avance” après ces années de voyage. Et puis après un premier brouillon, j’y reviens avec une vision un peu différente des choses, car je me rends compte que l’idée que je me faisais de la “construction” et du “sens” de ma vie me limitait et m’entretenait dans un sentiment de tourner en rond.

 

Se retrouver une place

Rentrer, même si c’est décidé, n’est en fait pas si simple que ça. Bien sûr, c’est propre à chacun, à comment chacun vit son expérience à l’étranger, à comment chacun gère ses transitions, ses émotions et sa nostalgie.

En ce qui me concerne, je suis rentrée après un voyage qui m’a plongé au plus profond de moi-même et pourtant, à peine les pieds posés sur le sol français, je me suis retrouvée avec des doutes, des peurs et des croyances que je pensais vaincues.

Je suis rentrée pour retrouver mes proches, renouer des liens, profiter de nouveaux moments ensemble ou suivre leur évolution en étant présente. Chacun suit ses rêves de construction, certains partent, certains fondent une famille, certains changent d’orientation, et je voulais être là. J’avais conscience que ce ne serait pas facile, car à force de partir loin certains liens se fragilisent et c’est normal. Malgré tout, je ne pensais pas que cela m’affecterai autant. Je me suis sentie extrêmement seule pendant un moment.

Je suis rentrée dans l’idée de me stabiliser professionnellement, avec pleins de rêves en tête mais sans savoir comment les concrétiser, en me confrontant à la “réalité” du marché du travail français, l’angoisse du CV, le sentiment de ne pas être à la hauteur. Je ne pensais que je serai aussi rouillée, et ma confiance en moi en a pris un coup.

En y regardant de plus près, ça n’allait pas si bien que ça. Beaucoup de questions me traversaient l’esprit : où est ma place ? Suis-je bien celle que je croyais être ? Suis-je aussi forte que je le pensais ? Quelle est ma valeur ? Sur qui puis-je vraiment compter ? Qu’est-ce que je veux vraiment accomplir ? Et parfois aussi “qu’est-ce que je fous là ?”.

J’ai eu le sentiment que ma vie était éclatée, sans repères, avec des possibilités et des relations éparpillées un peu partout et une sensation de grand vide. Page blanche. Et maintenant, je fais quoi ?

 

Remodeler sa vie

1 an et huit mois, des heures de boulot et de coaching plus tard, je commence tout juste à comprendre où je mets les pieds et ce que je veux vraiment, à aborder la vie avec un nouveau regard.

Chacun est créateur de sa vie et je pense qu’à un moment, je n’étais plus sûre de ce que je voulais créer. Mon problème n’a jamais été de ne pas savoir quoi faire par manque d’inspiration, mais plutôt de ne pas savoir quoi faire par excès d’imagination. Après les expériences des années passées, la To do de ma vie n’a fait que grandir ! Mes intérêts n’ont fait que se multiplier et ma tête n’a fait que s’embrouiller au point de me paralyser dans l’action.

J’avance beaucoup avec ce besoin de me rendre et de me sentir utile, de donner du sens à tout ce que je fais. J’ai du mal à faire des choses juste pour moi, sans autre but que de me faire plaisir. Après certaines étapes de ma vie, je réalise que je vis souvent à travers l’accomplissement de “missions”. Aussi, je pense que j’ai eu le besoin de légitimer mon existence en tant que Moi et en tant qu’être humain. En vivant ainsi, j’en oublie parfois juste d’être.

A présent, je reprends peu à peu mes marques et me crée de nouveaux repères. J’apprends à écouter mes envies et à modeler une vie, des relations, un environnement qui correspondent à ce que je cherche et à qui je suis aujourd’hui, et non à une idée que je pourrais me faire de ce qui devrait être ou non.

J’apprends à m’appuyer sur mes richesses des années passées, à accepter le changement, et à prendre un temps pour digérer tout ce que j’ai vécu et me dire “wow, c’est pas mal quand même !”.

J’ai ma vie de voyageuse, ma vie de blogueuse, ma vie de masseuse en énergétique, ma nouvelle vie professionnelle dans une association géniale, ma vie d’écolo et ma vie plus personnelle… toutes ses vies n’en faisant finalement qu’une.

A force de les mettre en opposition avec l’idée que chaque “vie” pouvait avoir une place entière, cela m’oppressais et je ne m’en sortais pas. A mesure que le temps passe, je réalise qu’en fait je suis tout ça à la fois et que ça me plaît bien ainsi. Pas besoin d’être parfaite d’en tout, juste de voyager d’un bout à l’autre en fonction de mes envies.

Et donc en fait, je construis ma vie depuis le début et les choses que je fais sont bel et bien concrètes. C’est sans doute une impression de ne pas rentrer dans des cases définies par la société qui me pousse parfois à ne pas accorder de valeur à tout ça.

 

Le voyage et moi

Vient souvent la question de repartir ou non. Après tout, lorsqu’on est “piqué par le virus du voyage”, c’est une idée qui nous traverse l’esprit.

Au jour d’aujourd’hui, je n’ai pas envie de repartir tout simplement parce que ce que je vis ici me va bien. Avant, j’aurai dit que c’était parce que cela me mettait du temps pour me reconstruire une vie ici, et que risquer de tout rechambouler en partant n’était pas à l’ordre du jour.

On se dit que partir implique des sacrifices dans ses vies personnelle et professionnelle, mais je ne sais pas si c’est tellement vrai. Le tout est de savoir ce qu’on attend de sa vie professionnelle et personnelle et on peut très bien imaginer un voyage qui soit compatible. Après, il est vrai que certains choix nécessitent des compromis et des priorisations, on ne peut pas toujours tout avoir en même temps !

Repartir vivre un long voyage, ce n’est pas au programme. Un jour peut-être ?

Il y a encore tellement de choses que je souhaite découvrir que ce n’est pas impossible. Ceci dit ces futures aventures peuvent tout à fait prendre la forme de plus courts voyages de temps à autre, car rien ne m’oblige à être soit nomade, soit sédentaire. Rien n’est figé.

Et puis le voyage, je l’aborde de manière différente aujourd’hui. Comme j’en discutais avec mes amies voyageuses, à force de voyager, on n’organise plus rien, on ne cherche plus à tout faire mais juste à apprécier ce qu’on peut faire. Planifier des choses plusieurs mois à l’avance nous parait difficile et on a tendance à partir sans trop savoir où on met les pieds. Même en intégrant une dimension responsable à mes voyages, j’en reste à une organisation assez minimaliste, maintenant que certains réflexes sont rodés.

Et malgré mes explorations, je suis loin de me considérer experte en organisation de voyage, bien au contraire ! Pour ça, il existe plein de tour opérateurs en voyages responsables, comme Voyageurs du Monde qui est l’un des premiers que j’ai connu à l’époque de ma “prise de conscience”. J’étais tombée sous le charme de leur fondation Insolites Bâtisseurs qui soutient des projets de terrain et j’en avais d’ailleurs rencontré la responsable à l’époque, une de mes premières discussions engagées… Mais bref, je m’égare !

Mieux que de partir pour retrouver des sensations perdues, je commence à intégrer ce que j’ai pu ressentir en voyage dans ma vie de tous les jours. M’adapter à différents environnements, personnes, ambiances, défis, aventures.

Ce que j’aime dans le voyage, ce sont les rencontres, l’émerveillement de la découverte, l’intensité des sensations et des expériences, la liberté, le temps que l’on prend pour faire des choses qui nous font kiffer. Toutes ces choses que j’ai eu l’impression de perdre en rentrant, alors qu’il est tout à fait possible de garder cet état d’esprit en étant plus sédentaire. C’est une façon de voir et de vivre les choses.

J’ai aussi de plus en plus de moments où j’ai l’impression d’être en voyage, à refaire le monde avec des copines voyageuses, à développer des nouvelles relations et découvrir de belles connexions, à enchaîner plein d’activités qui me motivent, mais aussi à traîner dans mon lit pour m’accorder des moments de pause, à vivre des bons moments en musique, à sourire dans des instants de spiritualité…

Quoi qu’il en soit, je me souhaite vraiment de continuer à explorer différentes façons de me trouver un équilibre. L’idée n’étant pas de trouver un jour UN équilibre, mais d’en parcourir plusieurs, parfois de m’en éloigner, pour y revenir, et suivre les cycles de la vie.

***

Bref, le voyage c’est la vie et la vie est un beau voyage 🙂
Et toi, comment vis tu les changements dans ta vie ?

 

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