Lufa Farms : Projet d’agriculture urbaine

On ne peut pas le contester : il n’y a pas de champs dans les villes. Pour nourrir ses habitants, nous avons donc créé une chaîne de production – transports – distribution qui fait intervenir une multitude d’intermédiaires, entraînant au passage un important gaspillage, des conséquences environnementales désastreuses et une perte dans la qualité des aliments. Pour remédier à cela tout en prenant en compte les enjeux liés au problème de l’espace disponible en ville, des solutions font leur apparition, notamment la culture en hydroponie. Les fermes urbaines sont nées.

 

L’agriculture urbaine par hydroponie, comment ça marche ?

L’hydroponie est une méthode de culture hors sol qui consiste à faire pousser les plantes dans une substance neutre et inerte, c’est à dire qui ne nourrit pas. Cela implique que ce support de culture soit irrigué régulièrement d’une solution apportant les nutriments et minéraux essentiels aux plantes. On se rapproche plus du laboratoire que de l’agriculture traditionnelle! Plus d’informations sur l’hydroponie ici.

Cette méthode permet d’économiser jusqu’à 90% d’eau par un fonctionnement en circuit fermé, et nécessite 25% de traitements qu’une culture classique (source des chiffres). En revanche ne nous méprenons pas. Qui dit hydroponie ne dit pas biologique. D’une part, certaines de ces cultures utilisent tout de même des traitements chimiques (d’autres privilégient des contrôles biologiques par les insectes) et les plantes qui ne sont pas nourries par l’écosystème du sol ne pourront jamais être certifiées biologiques selon Ecocert : c’est une condition sine qua non.

 

Ça se passe où ?

Partout dans le monde! En Asie, Singapour érige une ferme verticale de 36,5 hectares de plantations en hydroponie, et le Daiwa House Industry au Japon met au point l’agri-cube, une unité hydroponique à fenêtres et à la lumière flurorescente pour faire pousser les légumes sans produits chimique et qui peut être utilisé dans les restaurants et les hôpitaux. Démonstration:

L’agri-cube japonais

 

Aux États-Unis, les fermes urbaines se multiplient : dans plusieurs états, les Bright Farms se localisent à proximité de supermarchés pour les approvisionner, et à New York, Gotham Greens fait pousser les légumes sur les toits de Brooklyn et du Queens. L’une de ces serres se trouve d’ailleurs sur le toit d’un supermarché Whole Foods Market à Brooklyn, ouvert en 2013! A visiter prochainement si je vais à New York !

Agriculture urbaine: BrooklynSource de l’image

 

En Europe, on commence à s’y pencher. Par exemple, en Espagne on étudie la culture sur les toits des bus (le projet Phytokinetic de Marc Granén), et en France la ville de Paris a lancé en 2013 un appel à projet Végétalisation Innovante avec Paris Région Lab. 30 de ces projets ont été retenus, on attend de voir la suite !

Sans oublier… Montréal !

 

J’ai testé pour vous : les fermes Lufa de Montréal

Vivant actuellement à Montréal, j’ai profité d’une journée portes ouvertes pour visiter la fameuse ferme sur les toits. Première impression: C’est assez déstabilisant d’entrer dans une ferme comme dans un immeuble d’entreprise. Bureau 201, fermes Lufa s’il vous plait !

 Agriculture urbaine: Lufa Farms

Agriculture urbaine: Lufa Farms

 

Arrivée au deuxième étage, on passe par les bureaux, je me lave les mains et trempe mes pieds dans une solution assainissante, comme on me dit de faire, et j’entre dans la serre où l’on est accueilli par un employé qui a le sourire jusqu’aux oreilles. Deux types de cultures sont nettement visibles: celle des légumes grimpants comme les tomates et les concombres qui poussent dans de la fibre de coco, et celle des légumes – feuilles comme les salades, qui sont alignées horizontalement.

Agriculture urbaine: Lufa FarmsCulture de concombres libanais

 

Agriculture urbaine: Lufa FarmsFibre de coco et tuyaux d’hôpital !

 

Agriculture urbaine: Lufa FarmsCulture de légumes-feuilles

 

Ici, on optimise l’énergie. Même si la serre est chauffée pendant les nuits d’hiver, elle profite de la chaleur de l’immeuble et celle du soleil à travers les vitres. De plus, des rideaux thermiques sont utilisés pour maintenir la chaleur pendant la nuit. Puis, les produits étant vendus directement au consommateur par le biais de points de cueillettes, nul besoin de réfrigérer les aliments.

Agriculture urbaine: Lufa FarmsLes rideaux thermiques

 

Concernant l’eau, un système de récupération des eaux de pluie permet de limiter l’usage de l’eau potable et la culture fonctionne en circuit fermé : l’eau irriguée re-circule à 100%.

Agriculture urbaine: Lufa Farms

 

Enfin, pour lutter contre les insectes nuisibles (inhérents à toute culture), on privilégie le contrôle biologique. La coccinelle devient l’insecte préféré et mascotte des fermes Lufa ! Elle leur permet produire sans avoir recours aux pesticides, fongicides synthétiques et herbicides.

Agriculture urbaine: Lufa Farms

 

A la fin de la visite, passage obligé par la case « voulez-vous souscrire à un panier ? ». Après réflexion, je me dis « pourquoi pas ? ». Après tout, autant tester la marchandise et le concept !

 

Le créateur de Lufa. Ted Talk

 

Bilan de mon expérience Lufa

Ce que j’ai aimé

J’ai beaucoup apprécié le fait de pouvoir visiter la ferme qui produit mes aliments. Aujourd’hui, ce n’est pas donné à tout le monde et c’est une belle preuve de transparence. J’ai aussi été touchée par la passion des employés, leur implication et attachement à la responsabilité environnementale.

Après avoir goûté à leurs légumes, je peux également confirmer que ces derniers sont très savoureux, et en particulier le produit phare : la tomate. Enfin un bon goût de tomate, et sans avoir poussé dans la terre. Chapeau !

La ferme est aussi en lien avec une trentaine de fermes biologiques locales, permettant de varier ses paniers, ce qui est aussi très appréciable ! Chaque semaine, un panier nous est proposé pour 30$, et nous avons la possibilité de le personnaliser, en supprimant et ajoutant d’autres produits disponibles. Une vraie boutique en ligne !

Leur fonctionnement en circuit court permet enfin d’avoir des produits fraîchement récoltés. Une fois la commande validée le dimanche, les paniers sont préparés et livrés dès le lundi aux points de cueillette !

Agriculture urbaine: Lufa Farms

 

Ce que j’ai moins aimé

Je reste un peu sceptique sur le concept de culture en serres et surtout sur le fait de vouloir à tout prix manger des tomates en hiver, même si je trouve l’idée de produire en ville géniale car elle permet aux urbains d’accéder à de la nourriture locale et de répondre aux enjeux de demain. Vous pouvez consulter cet article de la Ruche qui dit oui sur les controverses de la culture hydroponique.

Côté organisation, j’ai noté quelques petites coquilles en terme de communication, comme l’oubli de prévenir l’annulation d’une livraison ou des mails mal enregistrés. Côté prix, je trouve que 30$ par semaine c’est un peu élevé par rapport aux produits que l’on peut trouver dans les marchés, mais pour la qualité il faut parfois accepter de faire des concessions.

Jusque là rien de bien méchant. La vraie ombre au tableau qui m’a poussé à annuler mon abonnement, c’est la présence de ma bête noire : le plastique ! A la collecte de mon premier panier, le sourire aux lèvres, j’ouvre et là je suis agressée par pas moins de 5 emballages en plastique pour environ 8 produits ! Mon sourire disparait instantanément.

Pour moi, l’un des intérêts de me fournir localement est de m’approvisionner en produits frais et non emballés ! Je trouve très ironique le fait que Lufa nous offre un sac en tissu pour récupérer nos paniers aux points de collecte, si c’est pour y mettre des emballages plastique dedans. Je fais le compte. 2000 abonnés à 5 plastiques par semaine: 10 000 plastiques par semaine. Youhou ! Autant tout mettre dans un gros sac en plastique et basta, ce serait moins pire.

Agriculture urbaine: Lufa FarmsMa salade hydroponique

 

Alors bien sûr, je les ai contacté pour leur faire part de ma déception et leur demander de ne plus avoir de plastique dans mes paniers. La personne qui m’a répondu a été très compréhensive, je tiens à le souligner, et m’a expliqué qu’ils avaient l’intention de se fournir en sacs compostables mais que pour le moment ils n’avaient pas atteint de taille assez grande pour atteindre le volume de commandes requit.

A la collecte de mes autres paniers, rien ne change, endives, salades et concombres sont toujours plastifiés. Je dis Stop, ça va dans le sens inverse de mes objectifs. Vraiment dommage pour une si belle initiative et j’espère qu’ils pourront rapidement passer aux sacs compostables. Cela dit, cette intention concerne les produits Lufa, mais pas ceux provenant de leurs fermes partenaires…

Ce témoignage est mon avis personnel, et mon but n’est pas de ternir l’image de Lufa car je reste persuadée du bien-fondé de l’initiative et de sa capacité à nourrir les villes. De plus, l’entreprise est encore jeune, et je ne vais pas leur jeter la pierre parce qu’ils ne sont pas parfaits tout de suite. Simplement, le plastique c’est rédhibitoire pour moi. Point. J’aurais annulé mon abonnement à mon départ prochain de Montréal quoi qu’il en soit.

 

***

Plastique ô Plastique, comment se défaire de toi ? Tu es PARTOUT !

Et toi, que penses-tu de l’agriculture urbaine et de la culture en hydroponie ?

 

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