Interview de Jeanne, traqueuse de vrac !

Depuis ma découverte il y a maintenant deux ans et demi de la désormais célèbre Béa Johnson, je n’ai jamais autant entendu parler de la volonté des gens à réduire leurs déchets. Certains y arrivent par conviction que le suremballage est une aberration, d’autres parce qu’en modifiant leurs habitudes, ils se sont rendus compte qu’ils réduisaient naturellement leurs déchets. C’est le cas de Jeanne, la blogueuse de Abracada-vrac, qui du haut de ses 23 ans a déjà fait un joli parcours dans le zéro déchet.

Jeanne est tellement motivée qu’elle est en train de référencer tous les produits que l’on peut trouver en vrac ! Un travail de fourmi qui va très certainement nous faciliter la vie, c’est pourquoi je tenais à vous présenter cette jeune femme pleine d’enthousiasme !

 

Jeanne, depuis quand t’es-tu mise au Zéro déchet ?

Bien qu’ayant toujours eu la fibre écolo, ce n’est pas par engagement que j’en suis venue au zéro déchet, mais par un changement d’alimentation ! J’ai eu toute mon adolescence d’importants problèmes d’acné, et malgré tous les traitements super puissants que je me suis infligée, rien n’avait changé, et je commençais à ne plus en pouvoir d’afficher une peau de jeune fille pubère…

C’est là que j’ai lu « L’art de la simplicité », auquel je consacre un article sur mon blog. Ce livre m’a donné une envie profonde de m’alimenter de façon plus simple et saine. J’ai arrêté tous les produits transformés, ainsi que les produits à base de lait de vache et de blé, pour tester la véracité de nombreuses études que j’avais lues. En deux semaines, ma peau s’est complètement transformée, et j’ai également été surprise de constater que mes rhumes des foins chroniques avaient entièrement disparu !

11887967_524002347755163_1310769366304668220_ncut1

J’ai donc adopté pour de bon cette alimentation, qui nécessitait seulement de faire les courses au marché et dans les rayons vrac des magasins bio en complément. Ma cuisine a complètement changé elle aussi : que des jolis bocaux sur les étagères, un frigo rempli seulement de fruits et légumes colorés, de délicieuses recettes improvisées en fonction de ce que je trouvais dans le frigo, dans mes bocaux et boîtes à épices.

Sans que je m’en rende compte, j’en suis arrivée à remplir ma poubelle presque uniquement d’épluchures, et à la descendre toutes les deux ou trois semaines. Un jour, j’ai été faire un plein de courses chez Leader Price, et en rentrant, le temps de retirer les suremballages j’avais rempli ma pauvre poubelle !! J’ai été frappée par le contraste avec les derniers mois, et j’ai cherché sur internet où trouver la plus proche boutique 100% vrac. J’ai été surprise de voir que cela n’existait pas et j’ai décidé de me lancer dans un projet d’épicerie en vrac, Abracada’Vrac, qui après maintes péripéties est finalement devenu un blog, et bientôt un outil de localisation de produits en vrac ! Mais ma vraie conversion au zéro déchet, concrète, remonte à il y a quelques mois, quand le fait d’abandonner le projet d’épicerie m’a laissé le loisir de mettre mon organisation à plat pour ne plus produire aucun déchet.

 

Est-ce que tu trouves ça difficile, et qu’est-ce qui est (ou a été) le plus dur pour toi ?

Au début, j’ai pas mal galéré. Sur les yaourts par exemple : ne supportant pas le lait de vache, comment me procurer du lait cru de chèvre, dans un contenant réutilisable, pour faire mes yaourts moi-même ? J’ai fini par trouver un fermier en vendant sur le marché dans des bouteilles que l’on rapporte d’une semaine sur l’autre, mais j’ai aussi appris par quoi on fait passer les vaches, les chèvres et les brebis pour pouvoir boire leur bon lait, et finalement je ne mange plus de produits laitiers chez moi

 

J’ai aussi connu de drôles de mésaventures en arrivant chez certains commerçants avec mes boîtes pour les remplir de viande ou de fromage : un fromager s’est même mis à me crier dessus en me disant de ne plus jamais revenir !!

Mais j’ai aussi connu l’extrême inverse, des commerçants me remerciant et me félicitant d’apporter mes boîtes, et me posant plein de questions sur ma démarche, notamment au Monoprix le plus proche de chez moi !! Bon, aujourd’hui je n’ai plus vraiment ce genre de difficulté puisque je ne consomme plus chez moi ni de viande ni de fromage.

Ce qui est intéressant, et dur aussi quand on se met au zéro déchet, c’est que cela nous pousse à nous renseigner sur tout un tas de sujets et d’objets du quotidien sur lesquels on ne s’était jamais posé de question ! Et parfois, cela amène à des remises en questions globales sur nos choix de consommation.Par exemple, je n’ai toujours pas réussi à me remettre au jogging, faute de trouver une paire de chaussures qui corresponde à mes valeurs écologiques et sociales.

Dentifrice maison

 

Pour moi il y a deux difficultés majeures dans la conversion à ce mode de vie : la première, c’est que la seule chose qui prend vraiment du temps, c’est de se renseigner pour obtenir les réponses à toutes les questions qui surgissent d’un coup. La bonne nouvelle, c’est que les nombreux blogs sur le sujet nous facilitent vraiment la tâche. La deuxième, c’est d’accepter de faire passer ses valeurs avant ses anciennes habitudes, au prix de renoncements parfois douloureux au début, mais dont on finit par ne plus souffrir.

Quand on découvre les réalités qui se cachent derrière certains produits que l’on avait l’habitude d’acheter, on passe un seuil : si l’on continue à les acheter en connaissance de cause, on se rend complice de pratiques quasi criminelles, en tout cas c’est ce que je ressens.

Une autre difficulté, c’est aussi l’incompréhension de l’entourage, voire parfois l’hostilité. Ou alors l’indifférence aussi, qui est souvent aussi angoissante que les premières réactions, car elle renvoie à l’urgence qu’il y a à changer nos modes de vie pour assurer notre survie, et le sentiment d’être un peu le seul à se battre pendant que d’autres regardent leur nombril…

 

Quelles est ta plus grande réussite en matière de zéro déchet ?

Mon grand sentiment de victoire, je l’ai eu lorsque j’ai enlevé du clou sous mon évier un sac plastique qui s’envolait chaque fois que j’ouvrais la porte du placard, car il n’y avait plus rien à mettre dans cette poubelle devenue trop légère. Je l’ai donc remplacé par un bocal que nous mettons deux ou trois semaines à remplir à deux.

Un autre grand moment, c’est la première fois que j’ai pu aller mettre mes épluchures au compost proche de mon nouveau logement.

Ma victoire hebdomadaire, c’est de voir les clients autour de moi au marché, et avant à la boucherie et à la fromagerie, qui s’inspirent de ma façon de faire les courses et ont envie de s’y mettre, ou de voir mes proches se convertir progressivement !

Et puis chacune des recettes que je propose sur mon blog reflète l’une de mes victoires, car elles sont toutes le fruit d’une succession de tests plus ou moins foireux par lesquels j’espère faire gagner du temps à d’autres. C’est un des chouettes aspects du zéro déchet : on retrouve des joies aussi simples qu’intenses ! Et puis on rigole de ses déconvenues (par exemple mon adaptation au no-poo entamée il y a deux mois est pour l’instant un vrai désastre^^), cela réapprend l’humilité !

Enfin, la dernière victoire dont je suis fière est le référencement de plus de 1700 produits en vrac que j’ai réalisé sur Lyon pour faciliter mes courses et celles de mes lecteurs Lyonnais, qui m’a ensuite donné envie d’aller plus loin en créant un outil accessible à tous les Français !

 

Que penses-tu de l’intérêt des gens pour le mode de vie zéro déchet ?

Je suis impressionnée par les changements de mentalité qui se sont opérés depuis le jour où j’ai décidé de me lancer dans ce projet d’épicerie en vrac. Au départ, je devais systématiquement expliquer le concept pendant 10 minutes, les raisons de ce projet etc, alors que maintenant les gens n’ont plus du tout besoin de précisions ! On a vu des vagues de reportages sur le sujet, les projets d’épiceries vrac ont tous un nombre de fans impressionnant ! Le zéro déchet lève largement autant d’enthousiastes que de sceptiques ou récalcitrants.

Cette évolution rapide de l’opinion est très encourageante ! Et les scandales de la grande distribution poussent les gens à se remettre à fabriquer eux-mêmes leurs produits ménagers et cosmétiques. Le zéro déchet a le vent en poupe quoi ! D’ailleurs, Bea Johnson affirme que la communauté française fait partie des plus actives dans ce domaine.

Mascara maison

 

Tu cherches à créer une application mobile pour trouver des lieux pour faire ses courses en vrac. Comment cela marche et comment peux-ton contribuer ?

La dernière difficulté majeure que j’ai rencontrée en me convertissant pour de bon au zéro déchet, c’était de devoir chercher longtemps où acheter certains produits spécifiques en vrac. Combien de fois suis-je revenue bredouille, ne trouvant pas tout ce que ma liste contenait ! Et par désespoir de cause, j’achetais donc le produit manquant emballé, en remettant à plus tard mes recherches.

C’est pour y remédier et apporter de l’aide à mes lecteurs lyonnais que j’ai référencé, produit par produit, tout ce que l’on peut trouver en vrac à Lyon, et cela a vraiment fait la différence dans ma poubelle : quand je ne sais pas où trouver un produit en particulier, j’en tape le nom dans la barre de recherche du tableau, et j’obtiens la liste de magasins qui le vendent sans emballages.

Cet outil a rencontré un succès étonnant sur les réseaux sociaux, et j’ai formulé le rêve d’en créer un qui couvrira toute la France !

Le but : que pour organiser ses courses, chacun puisse prendre son téléphone ou son ordinateur et trouver en deux clics l’endroit où il trouvera en vrac ce dont il a besoin !

La différence avec les applis déjà existantes réside dans le fait que je référencerai produit par produit, quand ces dernières référencent jusqu’à la famille de produit. Je connais les créateurs de Bulk et de Consovrac, qui n’ont malheureusement pas le temps de se livrer à un référencement si précis, et m’encouragent à le faire.

Capture 2

 

 

Mon projet repose sur un partenariat avec les commerçants, dont la participation sera le gage de la précision de cet outil. Mais pour convaincre ces commerçants de participer, j’ai besoin de l’appui d’une communauté de futurs utilisateurs enthousiastes, leur montrant qu’il est dans leur intérêt de prendre part à ce projet !

Ce qui m’aiderait énormément, ce serait que les habitants de chaque ville me témoignent leurs expériences de courses en vrac, partagent leurs petites adresses de quartier, les adresses authentiques et humaines, car même si les grandes chaînes de magasins bio figureront sur l’appli, c’est l’identité de ces petits commerçants que je veux insuffler à mon projet, et soutenir en participant à leur visibilité dans la communauté zéro déchet.

Pour ceux qui souhaitent me soutenir dans cette aventure, j’ai donc créé des groupes facebook correspondant à chaque grande ville de France, sur lesquels ils peuvent s’inscrire pour échanger entre habitants autour de la thématique des courses en vrac, et m’orienter de différentes manières dans la création de ce futur outil de recherche.

Si vous voulez participer à l’aventure et aider Jeanne dans son référencement, rendez-vous sur son blog!

Note: Toutes les photos de cet article sont la propriété de Jeanne.

***

Et toi, où fais-tu tes courses en vrac ??

Rendez-vous sur Hellocoton !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *