La 3ème Révolution Industrielle de Jeremy Rifkin

Titre

Il y a un peu moins d’un an, mes yeux se sont posés sur l’ouvrage “La troisième révolution industrielle” de Jeremy Rifkin, que l’on m’a vivement conseillé de lire. De formation économiste, j’étais un peu réfractaire à lire un ouvrage sur de l’analyse économique, puisque c’est toujours un peu la même chose et généralement orienté profit et croissance, ce qui ne m’intéresse pas beaucoup. En revanche, celui-ci s’est avéré bien différent…

 

Jeremy Rifkin est un spécialiste en prospective scientifique et économique (c’est à dire en démarches transitionnelles et élaboration de scénarios pour le futur), et son livre est un pavé sur les enjeux économiques, environnementaux et sociaux de notre société en changement, avec un plan détaillé sur comment passer à une société viable post carbone.

J’aurai mis du temps à aller au bout, car c’est assez technique mais en même temps fascinant. Car il ne parle pas que d’économie, mais d’éducation, de nature, des animaux, de politique, bref tout ce qui constitue notre société et qu’il est important de prendre en considération. Voici pour vous un résumé du principal.

 

Les principes de la 3ème révolution industrielle

La troisième révolution industrielle qu’il nous décrit permet de répondre à long terme au défi de la crise économique mondiale, de la sécurité énergétique et du changement climatique et a été approuvée par le Parlement européen en 2007. Elle est d’ailleurs actuellement mise en œuvre par divers organismes au sein de la Commission européenne, et Jeremy Rifkin a notamment conseillé de nombreux chefs d’état dans l’Union Européenne ces dernières années.

Jeremy_Rifkin

Source: Wikipedia

 

Cette 3ème Révolution Industrielle s’articule autour du passage aux énergies renouvelables (le soleil, le vent, l’hydroénergie, la chaleur géothermique, la biomasse, les vagues et marées) qui vont être collectées dans des millions de sites locaux transformés en mini centrales électriques (bâtiments, bureaux, habitations), puis stockées et partagées sur des réseaux électriques intelligents à l’image du partage de l’information sur Internet. Pour terminer, elle est marquée par le passage aux véhicules électriques branchables ou à pile combustible, avec la possibilité d’acheter ou vendre de l’électricité sur un réseau électrique distribué.

Jeremy Rifkin met aussi l’accent sur la continentalisation, c’est à dire les accords commerciaux continentaux pour créer des marchés uniques intégrés capables de créer l’infrastructure d’une économie de 3ème Révolution industrielle, comme l’UE, mais aussi l’ASEAN, l’Union Africaine, l’UNASUR et l’ALENA. D’ailleurs, selon lui, l’Europe serait la plus avancée et la plus à même d’être en tête dans cette nouvelle ère…

 

La fin de l’ancien modèle

Le mot d’ordre de cette 3ème révolution industrielle est : coopératif. L’intérêt personnel est remplacé par l’intérêt commun, car on comprend que lorsqu’on accroit la valeur du réseau, on ne s’appauvrit pas personnellement. Au contraire, on enrichit tout le monde. Cette nature coopérative de la nouvelle économie est fondamentalement contraire à la théorie économique classique selon laquelle le seul moyen efficace de dynamiser la croissance économique est la satisfaction de l’intérêt personnel sur le marché.

 

Interview de J. Rifkin sur son livre Le Coût Marginal Zéro

 

L’ancien modèle, celui de la seconde révolution industrielle basée sur l’organisation scientifique du travail, la séparation des tâches et la maximisation de la production avec un minimum de temps, de travail, et de capital, nous a conduit à considérer que devenir un travailleur productif était le but de la vie. Des générations entières ont ainsi été transformées en machines en quête de richesse matérielle.

Forer pour trouver davantage de pétrole ne nous sortira pas de la crise, car la crise, c’est le pétrole.

Aujourd’hui, on remet tout en question du fait de la crise du pétrole qui fait tomber toute l’économie, la prise de conscience des véritables richesses et la recherche de la qualité de vie.

L’idée même de la croissance n’a plus beaucoup de sens car on se rend compte qu’elle ne mesure pas tant la richesse d’un pays sinon plutôt la valeur de l’énergie temporaire intégrée à des biens et services, produits sur la diminution des ressources énergétiques, la dégradation de l’environnement et l’augmentation des déchets. Alors augmenter la croissance pour quoi faire au juste ?

 

Vers un sentiment d’unité

Aujourd’hui, nous prenons conscience de notre inter-connectivité, de notre condition commune et de notre insertion dans la biosphère, ce qui nous pousse à partager car cela créé un sentiment d’unité de l’espèce et nous donne accès à la qualité de vie.

 Le rêve de la qualité de vie ne peut se faire que collectivement.

 

La nature est désormais vue comme une communauté dont on doit prendre soin et traiter avec dignité et respect. Cela passe aussi par notre empathie pour la souffrance des animaux, qui nous aide à devenir un « Moi écologique élargi », conscient de soi et de son appartenance à la biosphère vivante. J. Rifkin a d’ailleurs longuement étudié l’impact écologique de la viande de bœuf et nous en fait part rapidement.

 

C’est cette relation biosphérique qui déterminera si nous serons capables ou non d’établir une nouvelle relation durable avec la Terre assez rapidement pour ralentir le changement climatique et prévenir notre extinction.

 

Du nouveau dans l’éducation

L’école telle qu’on la connait est calquée sur l’ancien modèle, dont la mission serait de préparer les élèves à devenir des employés productifs dans des entreprises centralisées, hiérarchisées de manière verticale. Pour cela nous avons des établissements centralisés, ou l’on apprend à ne pas contester l’autorité, faire des devoirs quotidiens, avec des examens uniformisés et des résultats mesurés à la rapidité et l’efficacité des réponses, et où le partage des connaissances est considéré comme de la triche et sanctionné.

20150514-tree-002

 

Sauf qu’on le voit aujourd’hui, ce système ne fonctionne plus car nous sommes arrivés dans une ère plus coopérative, où l’information circule globalement et gratuitement, ou l’individualisme cède la place à la collectivité, et où la crise économique, environnementale et sociétale nous incite à nous tourner vers un nouveau modèle distribué et coopératif, avec une démarche pédagogique qui lui corresponde, reposant sur les mêmes principes pour préparer la main d’œuvre du 21è siècle.

 

Un changement profond de l’organisation même de la société est en cours : nous nous éloignons du pouvoir hiérarchique et nous nous rapprochons du pouvoir latéral.

 

Selon Jeremy Rifkin (et je suis bien d’accord !), l’éducation doit cesser d’être une compétition pour devenir une expérience d’apprentissage coopérative et empathique, avec la conscience de l’impact de nos activités sur le bien-être des autres êtres humains et espèces vivantes.

 

Le grand challenge

C’est la première fois que je lis un regard économique intelligent, positif et réaliste, loin des scénarios noirs habituels car c’est une vraie démarche pragmatique qui est proposée, et qui est prise au sérieux par les chefs d’état.

Alors bien sûr, tout cela ne se fait pas en un jour, mais c’est la seule piste viable économiquement, et qui est en mesure d’inclure tous les êtres humains.

Car il ne faut pas oublier, comme l’auteur nous le rappelle à la fin de son livre, que 40% de l’humanité gagne encore moins de 2 dollars par jour et subissent quotidiennement la volatilité des prix des produits, les répercussions du changement climatique sur l’agriculture et des conditions de vie encore très précaires.

20150529-tree-004

 

Le grand challenge sera de les aider à s’intégrer directement dans cette 3ème révolution industrielle, ayant été en grande partie exclus des deux premières. Une tâche difficile certes, mais il semblerait que ce soit la première fois que nous soyons en mesure de l’envisager.

 

De beaux espoirs, une vision réaliste et indispensable, si vous avez le cœur d’en savoir plus je vous conseille vivement la lecture de ce livre. Je vous avoue que parfois l’auteur nous semble un peu prétentieux, rappelant ses rencontres et conseils auprès des chefs d’états de façon un peu héroïque, mais en même temps, c’est vrai que c’est une tête… Et si vous avez la flemme, il y a toujours les interviews comme celle-ci.

C’est seulement quand nous commencerons à penser en famille étendue mondiale que nous serons capables de sauver notre communauté biosphérique et de régénérer la planète pour nos descendants.

***

Et toi, as-tu déjà entendu parler de cette 3ème Révolution industrielle ?

Rendez-vous sur Hellocoton !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *